
Samedi 24 octobre, les commerces pourront ouvrir autour de la place Masséna, mais les manifestations y seront interdites. Après les violences du 17 octobre, le préfet des Alpes-Maritimes interdit les rassemblements revendicatifs de 8 heures à minuit dans une grande partie du centre de Nice. L’État et la Ville annoncent au total 730 agents pour protéger les rues commerçantes et prévenir de nouveaux pillages.
L’interdiction couvre notamment la gare, le Carré d’Or, Masséna, le boulevard Gambetta, le Vieux-Nice et le port. Elle s’étend jusqu’au quai des États-Unis et à une partie de la promenade des Anglais. Les habitants pourront circuler et les commerces accueillir leurs clients.
730 agents, deux missions différentes
Le préfet Jean-Marie Girier mobilise 450 policiers nationaux et gendarmes à Nice, contre 250 lors de la précédente mobilisation. Ils font partie des 650 agents déployés dans l’ensemble des Alpes-Maritimes, avec des renforts de CRS, du RAID et des équipes cynophiles.
La Ville renforce parallèlement sa police municipale : 280 agents et 42 véhicules sont annoncés dès 6 heures du matin, contre 80 policiers municipaux le samedi précédent. Les municipaux participeront notamment à la surveillance des commerces, à la gestion de la circulation et à la sécurisation des espaces publics. Les forces nationales seront chargées du maintien de l’ordre et de faire respecter l’arrêté préfectoral.
L’effort répond à des dégâts importants. Selon le bilan présenté jeudi par la municipalité, 20 commerces ont été endommagés les 17 et 18 octobre, dont dix pillés. La Ville estime également à 400 000 euros les dommages causés à ses équipements et au réseau Lignes d’Azur, sans compter les pertes des commerçants.
Des aides pour les vitrines et les pertes d’activité
Après une réunion avec les commerçants jeudi 22 octobre, le maire Éric Ciotti a annoncé deux mécanismes de soutien économique.
La Métropole Nice Côte d’Azur prévoit de financer 50 % des dépenses de sécurisation des commerces situés dans les zones concernées, dans la limite de 5 000 euros par établissement. L’aide pourra notamment servir à installer des protections devant les vitrines ou à recruter des agents de sécurité privée.
Un second fonds, coordonné par la Chambre de commerce et d’industrie, doit aider les établissements sinistrés à faire face à leurs pertes de chiffre d’affaires. La Métropole participera à son financement. Le montant des indemnisations reste à déterminer.
La Ville promet également un interlocuteur dédié à chaque commerçant sinistré. Les professionnels peuvent par ailleurs s’inscrire au service d’alertes SMS de la police municipale, déjà existant, en contactant le 36 06.
Une interdiction qui doit rester proportionnée
Le maire avait demandé l’interdiction des manifestations. C’est le préfet qui l’a décidée, en invoquant les risques de nouveaux troubles à l’ordre public.
Selon Jean-Marie Girier, aucune déclaration de manifestation des mouvements lycéens ou des Gilets jaunes ne lui était parvenue lorsqu’il s’est exprimé auprès de Nice-Matin.
Cette absence de déclaration ne supprime pas le droit de manifester. Le Conseil d’État rappelle qu’une interdiction doit rester un dernier recours, même lorsqu’une mobilisation n’a pas été déclarée. Les autorités doivent examiner si des mesures moins restrictives, comme un changement d’itinéraire ou une limitation de durée, peuvent suffire.
À Paris, par exemple, un cortège de la CGT entre Bastille et Nation a été autorisé pour samedi, tandis qu’un parcours de Bastille vers l’Opéra, déclaré par le collectif étudiant Interfac et des Gilets jaunes, a été interdit.
À Nice, les pillages du 17 octobre fournissent des raisons sérieuses de renforcer la sécurité. Ils ne démontrent pas à eux seuls qu’aucun itinéraire de manifestation ne pouvait être préservé. L’arrêté intégral n’ayant pas pu être consulté, ses motivations détaillées et les éventuelles alternatives examinées restent inconnues.
Pour les participants, la règle annoncée est néanmoins claire : manifester dans le périmètre interdit expose à une amende pouvant atteindre 135 euros. L’organisation d’une manifestation interdite constitue un délit passible de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.
Samedi, les premières patrouilles municipales sont attendues dès 6 heures dans les quartiers commerçants de Nice, deux heures avant l’entrée en vigueur de l’interdiction préfectorale.
Sources consultées
- Les Petites Affiches des Alpes-MaritimesManifestations interdites dans le centre-ville de Nice samedi et 450 policiers mobilisés
- Nice-MatinManifestations interdites à Nice : les Niçois pourront circuler dans Nice ce samedi
- Nice MagViolences à Nice : un fonds d'aide exceptionnel pour les commerçants touchés par les pillages
- Conseil d'ÉtatDécision n° 487984 du 4 décembre 2023
- Le ParisienManifestation du 24 octobre : la préfecture autorise un parcours entre Bastille et Nation, celui des Gilets jaunes interdit
- Ville de NiceRecevoir une alerte SMS en temps réel – commerçants