
Le tramway entre Nice et Cagnes-sur-Mer était déjà remis en question avant l’annonce officielle du 13 octobre. Dès juillet, la Métropole Nice Côte d’Azur avait interrompu une consultation pour les équipements électriques. En août, c’était au tour des rails et de la signalisation ferroviaire. Deux décisions consignées dans les avis de marchés publics qui montrent que le réexamen de la ligne 4 était déjà engagé.
Le projet initial prévoit 7,1 kilomètres et 18 stations entre le Grand Arénas, Saint-Laurent-du-Var et Cagnes-sur-Mer. Des rames de 300 places devaient assurer le trajet en 23 minutes, avec un passage toutes les huit minutes. Son coût approche désormais 400 millions d’euros, selon la Métropole, qui situe la mise en service complète à fin 2032.
Deux consultations interrompues pour les rails et l’électricité
Le 21 juillet, un avis officiel déclare sans suite la consultation des installations électriques, estimée à 4,1 millions d’euros hors taxes. La justification est explicite : à la suite du changement d’exécutif métropolitain, le projet fait l’objet d’un réexamen pour des raisons économiques et une redéfinition des besoins.
La Métropole envisage une nouvelle consultation, avec des tranches optionnelles permettant de commander certaines prestations séparément.
Le 19 août, une deuxième procédure est abandonnée pour les mêmes motifs. Cette fois, elle concerne les voies ferrées, la signalisation et les revêtements végétalisés, pour un montant estimé à 13,5 millions d’euros HT.
Ces 17,6 millions d’euros correspondent à des montants estimés de consultations non attribuées, pas à des sommes perdues. Mais ces décisions concernent des équipements indispensables au tramway, et précèdent de plusieurs semaines l’annonce d’une étude comparant tramway et bus à haut niveau de service (BHNS).
Un contrat de 54 millions d’euros avait déjà été attribué
D’autres engagements sont bien plus avancés.
En décembre 2025, la Métropole a signé un marché d’infrastructures de près de 54 millions d’euros HT avec un groupement comprenant notamment Razel-Bec et Eiffage Route. Il couvre les terrassements, les voiries, les réseaux et la préparation des plateformes ferroviaires.
Le contrat est découpé en trois tranches. La tranche ferme concerne le secteur du Grand Arénas à l’Institut Arnault-Tzanck, à Saint-Laurent-du-Var. Deux tranches optionnelles portent sur la poursuite des aménagements vers le Val Fleuri, à Cagnes-sur-Mer.
Le montant de 54 millions comprend ces trois tranches. Il ne signifie donc pas que tous les travaux correspondants ont été commandés. Le statut d’exécution de la tranche ferme et celui des options restent à préciser.
Parallèlement, les travaux préparatoires ont commencé dès mars 2025 autour de la gare de Saint-Laurent-du-Var. À Nice, la reconstruction du pont du Mercantour fait également partie des opérations liées au programme.
En avril 2026, Éric Ciotti avait indiqué que 65,3 millions d’euros de crédits de paiement avaient déjà été mandatés. Ce montant ne s’ajoute pas aux 54 millions du contrat : l’un correspond à des dépenses mandatées, l’autre à la valeur d’un marché attribué, options comprises. Ces dépenses ne deviennent pas automatiquement inutiles si le projet évolue : certains aménagements pourraient conserver leur intérêt pour un autre mode de transport. Mais leur réutilisation dépendra de la solution retenue.
Le désaccord entre les communes modifie la donne
Le 13 octobre, Éric Ciotti a confirmé son accord au lancement d’une étude d’opportunité par la Société des Grands Projets. Elle examinera notamment un BHNS entre Nice et Cagnes-sur-Mer, ainsi qu’une desserte de Vence par bus.
À Cagnes-sur-Mer, Bryan Masson a remporté les municipales de 2026 en s’opposant au tramway. Le président de la Métropole s’était engagé à respecter ce choix.
À Saint-Laurent-du-Var, Joseph Segura défend au contraire la ligne 4. Le 14 octobre, il a contesté le lancement de nouvelles études et demandé que la position des Laurentins compte autant que celle des Cagnois.
Sa commune concentre deux destinations qui dépassent largement ses frontières : Cap 3000, avec ses milliers de salariés et de visiteurs, et l’Institut Arnault-Tzanck, où convergent personnels soignants et patients. Une liaison limitée à une commune ne répondrait pas nécessairement à tous ces déplacements.
Tramway ou bus : comparer le service complet
Un BHNS pourrait réduire l’investissement initial. Mais pour offrir une régularité proche de celle d’un tramway, il lui faut des voies réservées, la priorité aux carrefours et des stations adaptées. Sa capacité dépend aussi de la taille des véhicules et de leur fréquence.
L’étude devra donc comparer les capacités, les temps de trajet et les coûts complets des différentes solutions. Les investissements déjà réalisés et les contrats existants devront entrer dans le calcul.
Le 7 juillet, le tribunal administratif de Nice avait rejeté le recours de riverains contre la déclaration d’utilité publique de la ligne 4. Cette validation juridique n’oblige pas la Métropole à construire le projet initial. Elle montre toutefois l’ampleur du chemin déjà parcouru, qu’une nouvelle solution pourrait devoir reprendre en partie.
La ligne 4 n’est pas officiellement abandonnée, et aucun arrêt général des travaux n’a été annoncé. Le prochain arbitrage devra préciser quel service desservira finalement la gare de Saint-Laurent-du-Var, Cap 3000 et le centre de Cagnes-sur-Mer, et ce qu’il adviendra des aménagements déjà engagés sur ce parcours.
Sources consultées
- Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP)Avis n° 26-71960, procédure 25N0849, équipements électriques de la ligne 4
- Journal officiel de l'Union européenneAvis 573366-2026, procédure 25N0869, voie ferrée et signalisation de la ligne 4
- Bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP)Avis n° 26-3031, marché 23N0221, infrastructures des secteurs 03 et 04
- Métropole Nice Côte d'AzurLigne 4 de tramway
- Les Petites Affiches des Alpes-MaritimesLigne 4 du tramway Nice-Cagnes : la Métropole annonce explorer des solutions alternatives
- Tribunal administratif de NiceDéclaration d'utilité publique de la ligne 4 du tramway de Nice : le tribunal rejette le recours de riverains