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À Carros, Malongo cherche le bon débouché pour un café très politique

À Carros, Malongo lance une gamme de cafés liée à l’ONUDC, avec une question centrale: les débouchés réels pour les producteurs.

Illustration - Café et filière équitable

À Carros, près de Nice, Malongo vend du café. Rien d’étonnant, pour une entreprise connue des rayons français. Mais dans la nouvelle gamme annoncée avec l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, l’ONUDC, la tasse raconte une histoire plus âpre: celle de terres où l’on cherche à remplacer des cultures illicites par une production qui rapporte vraiment.

Le principe paraît simple. Des producteurs quittent la coca, le pavot ou d’autres cultures liées aux trafics. On les accompagne vers le café. Puis il faut que quelqu’un achète ce café, le transporte, le certifie, le torréfie et le vende à un prix qui justifie l’effort. Sans ce débouché, la reconversion reste une bonne intention, fragile au premier retournement de marché.

Dans ce maillon, Malongo trouve sa place. L’entreprise azuréenne revendique 301 collaborateurs, 127,6 millions d’euros de chiffre d’affaires et plus de 6 400 tonnes de café vert importé. Elle n’est donc pas un simple figurant dans une opération de communication: elle a la taille, le savoir-faire et les circuits de distribution qui peuvent donner un marché à ces cafés.

Les exemples disponibles montrent le mécanisme. En Colombie, dans le Cauca, Malongo indique acheter les récoltes de deux coopératives de la municipalité de Miranda, qui rassemblent plus de 160 producteurs. En Bolivie, l’ONUDC a documenté l’exportation vers l’Europe d’un café de La Asunta, avec Malongo comme importateur. Au Myanmar, l’entreprise s’était aussi engagée auprès de la coopérative Green Gold, issue de communautés liées auparavant à la culture du pavot.

Il ne faut pas lisser l’histoire. Une filière café ne remplace pas mécaniquement une économie illicite. Tout dépend des volumes, du prix payé, de la régularité des achats, des certifications et de la capacité des producteurs à vivre mieux avec cette culture qu’avec celle qu’ils abandonnent. C’est moins photogénique qu’un paquet de café neuf, mais c’est la vraie mesure du projet.

Pour les Alpes-Maritimes, l’affaire déplace aussi le regard sur l’économie azuréenne. Derrière la vitrine touristique, Carros et la plaine du Var abritent des entreprises qui importent, transforment, distribuent et pèsent dans des chaînes mondiales. Ici, le lien entre un atelier de torréfaction, une coopérative rurale et un programme des Nations unies n’est pas décoratif. Il passe par une question très simple: qui achète, combien, et pendant combien de temps?

Le commerce équitable aime les grands mots. Le café, lui, finit toujours par poser des questions pratiques. À Carros, Malongo joue donc sa crédibilité moins sur l’étiquette que sur la suite: des commandes qui reviennent, des producteurs qui y gagnent, et une tasse qui ne demande pas au consommateur de croire au miracle avant le petit-déjeuner.