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Avec Fromatech, Mane met du salé dans l’économie grassoise

Le groupe Mane rachète Fromatech et rappelle que la filière grassoise travaille aussi les arômes alimentaires et les ingrédients fonctionnels.

Illustration d’arômes alimentaires grassois

Dans le bassin de Grasse, un arôme ne finit pas toujours dans un flacon. Il peut aussi se retrouver dans une sauce, un snack, un fromage industriel, une boisson ou une alternative à la viande.

C’est ce versant moins carte postale de l’économie grassoise que raconte l’acquisition de Fromatech Ingredients B.V. par Mane. Le groupe familial basé au Bar-sur-Loup a annoncé le rachat de cette société néerlandaise spécialisée dans les arômes salés et les ingrédients fonctionnels.

Les arômes salés, ici, ne désignent pas seulement un goût “sel”. Ils couvrent tout un monde de produits alimentaires où il faut donner du relief, stabiliser une recette, retrouver une sensation connue ou adapter un produit à de nouveaux usages. Fromatech, fondée en 1995, dit avoir commencé par des mélanges de poudres de fromage avant d’élargir son activité aux arômes et solutions pour l’agroalimentaire. L’entreprise travaille aujourd’hui pour la boulangerie, les boissons, les confiseries, les produits laitiers, les sauces, les snacks, la nutrition sportive, les viandes et les alternatives végétales. Elle est installée à Sittard, aux Pays-Bas, et livre dans plus de 70 pays.

Pour Mane, l’intérêt est lisible sans forcer le trait. Fromatech apporte une spécialisation dans le salé, une clientèle internationale et une présence marquée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Ce n’est pas, à ce stade, une histoire d’usine qui ouvre demain dans les Alpes-Maritimes. C’est plutôt une histoire de portefeuille, de marchés et de savoir-faire qui s’additionnent.

Localement, l’opération dit surtout autre chose. Mane n’est pas un acteur extérieur qui aurait seulement une adresse azuréenne. Le groupe est né au XIXe siècle dans l’univers des matières odorantes et conserve son ancrage au Bar-sur-Loup, dans le bassin grassois. Son développement rappelle que cette filière locale ne se limite pas aux maisons historiques, aux fleurs et aux parfums de luxe. Elle touche aussi les arômes alimentaires, la formulation, les ingrédients, les normes de production et les goûts de pays très différents.

Dans la présentation économique du Pays de Grasse, la filière arômes, parfums et cosmétique ne pèse pas seulement par son image: elle compte aussi dans l’emploi industriel et la valeur ajoutée du territoire. L’acquisition de Fromatech donne une version très concrète de cette réalité. Derrière un mot élégant comme “arôme”, il y a des poudres, des recettes, des lignes de production, des contraintes de goût, des clients industriels et des marchés très disputés.

La prudence reste nécessaire. Mane ne documente pas, dans son annonce, d’effet direct sur les équipes ou les sites azuréens. Il serait donc excessif d’y voir une nouvelle page locale de l’emploi ou de l’investissement industriel. L’opération éclaire plutôt la manière dont un groupe grassois continue de grandir: en ajoutant des compétences précises, des segments alimentaires et des positions commerciales à l’étranger.

Après un précédent éclairage sur les ateliers grassois, Fromatech déplace légèrement le regard. Grasse fabrique encore. Mais elle ne fabrique pas seulement ce que l’on imagine. Parfois, le parfum du territoire passe par un biscuit apéritif. C’est moins romantique qu’un champ de jasmin, mais nettement plus proche de ce que mange le monde.