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Riviera franco-italienne : le séisme, ce risque discret que la Côte d’Azur ne peut pas oublier

Une étude de Géoazur rappelle que le risque sismique fait partie du décor des Alpes-Maritimes, même lorsqu’il disparaît du débat public.

Faille sous-marine près de la Riviera

La secousse ressentie près de Nice en mars 2025 n’a pas bouleversé la vie du département. Quelques secondes, des témoignages, puis le quotidien a repris. Sur la Côte d’Azur, les risques qui marquent les esprits sont souvent plus visibles : une route coupée dans la Roya, un vallon qui déborde, une plage mangée par la mer, un massif fermé l’été. Le séisme, lui, reste souvent dans un coin de la mémoire locale.

Géoazur le remet sur la table. Le laboratoire de recherche azuréen, avec l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, a publié des travaux sur la faille Ligure, située au large de la Riviera franco-italienne. L’étude n’annonce pas une catastrophe. Elle rappelle surtout qu’une faille active existe face à un littoral très habité, de Cannes à Nice, de Menton à la Ligurie.

Le repère historique reste le 23 février 1887. Ce matin-là, un séisme majeur frappe la Ligurie et les Alpes-Maritimes. Les dégâts les plus graves sont côté italien, mais Menton, Nice et plusieurs villages du haut pays sont touchés. Dans le département, cet épisode n’est pas seulement une vieille date de catalogue sismique. Il sert encore à comprendre ce qu’un séisme fort peut produire dans une région de montagnes, de vallées, de vieux bâtis, de ports, de routes littorales et de réseaux serrés.

L’étude ne s’arrête pas au souvenir de 1887. Les chercheurs estiment que la rupture de l’époque n’a concerné qu’une partie centrale de la faille Ligure. Des segments voisins pourraient produire un événement comparable. Ce n’est pas une prédiction : les séismes ne se mettent pas au calendrier, et les temps de retour évoqués se comptent en milliers d’années. Mais c’est justement parce que ces secousses sont rares que le risque disparaît vite des habitudes, alors que le littoral, lui, s’est densifié.

Pour les habitants, l’enjeu n’est donc pas de vivre dans l’alerte permanente. Il est de savoir que les constructions, les écoles, les routes, les ports et les équipements publics doivent intégrer ce risque. À Nice, Géorisques classe le risque sismique à 4 sur 5, avec des obligations liées aux constructions et aux travaux. La ville dispose aussi d’un plan de prévention du risque sismique approuvé en 2019. À Menton, exposée par sa position littorale et frontalière, un projet de plan de prévention sismique a encore fait l’objet d’une enquête publique en 2025.

La mer ajoute une dimension particulière. Une secousse sous-marine peut provoquer un tsunami, même si les scénarios méditerranéens n’ont rien à voir avec les grands tsunamis océaniques. Le Bureau de recherches géologiques et minières a travaillé sur des scénarios pour le littoral des Alpes-Maritimes : avec une source en mer Ligure, les temps d’arrivée pourraient être très courts, parfois de l’ordre de quelques minutes. Sur un littoral dense, portuaire et touristique, quelques minutes ne sont pas un détail.

La marge de manœuvre tient dans la connaissance du risque : ce que l’on comprend mieux se prépare mieux. La faille Ligure ne demande pas aux habitants de Nice ou de Menton de regarder la mer avec suspicion chaque matin. Elle rappelle simplement que la Côte d’Azur ne se résume pas au soleil, aux crues et aux incendies. Elle a aussi un sous-sol, et celui-ci garde parfois son propre sens du timing.