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À Grasse, le parfum se fabrique encore dans les ateliers

Mane, Astier Demarest et Robertet rappellent que Grasse reste une industrie active, entre production, sourcing, contrôle qualité et biotech.

Atelier de parfumerie à Grasse

À Grasse, l’industrie du parfum ne se voit pas seulement dans les vitrines, les musées et les plantes à parfum. Elle se lit aussi dans un permis de construire, des zones de stockage, une acquisition aux Pays-Bas ou une prise de participation dans une biotech italienne. Derrière le nom de Grasse, il y a des matières premières à trouver, des arômes à stabiliser, des produits à contrôler et des clients à servir bien au-delà de la Côte d’Azur.

Le signal le plus concret vient d’Astier Demarest. L’entreprise, spécialisée dans le sourcing de matières premières aromatiques pour la parfumerie, la cosmétique, l’aromathérapie et les arômes alimentaires, a annoncé avoir obtenu son permis de construire pour étendre son site. Les travaux doivent débuter cette année. À terme, l’ensemble atteindra 2 000 m², avec des espaces de production, de stockage, de manutention, de contrôle et deux nouveaux étages de bureaux.

Ce n’est pas le genre d’annonce qui fait beaucoup de bruit. Mais dans le pays de Grasse, agrandir un outil industriel compte. Le foncier est contraint, les flux logistiques ne sont jamais neutres et les entreprises doivent rester proches de leurs savoir-faire sans perdre en capacité. Une extension de site raconte donc quelque chose de très simple: la parfumerie grassoise n’est pas seulement une réputation, elle a encore besoin de mètres carrés, de machines, de techniciens et de stocks.

Chez Mane, le mouvement passe par l’international. Le groupe familial installé au Bar-sur-Loup a annoncé l’acquisition de Fromatech Ingredients, société néerlandaise active dans les arômes salés et les ingrédients fonctionnels. Mane a dépassé 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025 et revendique plus de 8 000 salariés dans 40 pays. Son développement montre qu’une entreprise installée dans le bassin grassois peut continuer à jouer mondial. Il peut même en être le point de départ, à condition de continuer à acheter des savoir-faire, des gammes et des débouchés ailleurs.

Robertet, autre nom historique du bassin grassois, regarde de son côté vers les biotechnologies végétales. Le groupe a investi dans Aethera Biotech, une entreprise italienne spécialisée dans les ingrédients cosmétiques actifs issus de cultures végétales contrôlées. Le sujet est technique, mais l’enjeu est facile à comprendre: l’industrie veut des ingrédients naturels, traçables et réguliers, dans un monde où les matières premières dépendent du climat, des cultures, des prix et des tensions d’approvisionnement.

Pris ensemble, ces mouvements disent assez bien où se trouve aujourd’hui la force de Grasse: pas dans une image figée du parfum, mais dans des métiers encore présents sur place. Prodarom évoque plus de 5 000 salariés dans l’industrie aromatique en pays grassois en 2024, sur plus de 11 000 en France. Derrière ces chiffres, il y a des opérateurs de fabrication, des préparateurs, des acheteurs, des contrôleurs qualité, des commerciaux export, des équipes de recherche et des organismes de formation.

C’est ce versant-là que les annonces récentes rendent visible. Grasse reste une capitale du parfum parce que son nom circule dans le monde, mais aussi parce que l’on continue à y agrandir des sites, former des profils, contrôler des matières et chercher de nouveaux procédés. Le patrimoine attire le regard. L’industrie explique pourquoi le nom de Grasse continue de compter.