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À Mougins, l’IA Factory cherche sa place au sol

Evroc veut installer à Mougins un datacenter de 96 MW pour l’IA. Un projet qui pose des questions concrètes de foncier, d’énergie et de suivi local.

Datacenter IA à Mougins

À Mougins, l’IA ne se résume pas à des modèles et à des écrans. Chemin de la Plaine, elle demande un bâtiment, beaucoup d’électricité, du refroidissement, de la fibre et une place dans une zone d’activité bien réelle.

C’est là, dans l’Actipôle de Mougins, qu’Evroc veut installer une « IA Factory » associée à un datacenter hyperscale. L’entreprise suédoise du cloud l’a annoncé en février 2025. La page est revenue dans le flux local au printemps 2026, mais le sujet n’est pas une nouveauté de calendrier. Il est surtout une question de suivi: que devient une grande annonce d’IA quand elle arrive au niveau du foncier, du réseau électrique et de la commune qui l’accueille?

Les chiffres donnent l’échelle. Evroc a annoncé un site de 96 MW, capable d’accueillir jusqu’à 50 000 GPU, ces processeurs utilisés pour les grands calculs d’intelligence artificielle. L’investissement potentiel est présenté à hauteur de 4 milliards d’euros à pleine capacité. Le site choisi est celui de l’ancien Titan Data Center, propriété de Valimmo Reim, dans un parc d’activités de 12 850 m² où le datacenter occupe 8 350 m².

D’ordinaire, l’IA locale se raconte en start-up, chercheurs, écoles et salons professionnels. Ici, elle se raconte aussi en mètres carrés, en raccordement, en froid et en chaleur à récupérer. Depuis 2026, les centres de données d’au moins 1 MW sont soumis à une obligation de valorisation de leur chaleur fatale, sauf exceptions prévues par les textes. À 96 MW annoncés, le projet de Mougins serait très au-dessus de ce seuil.

C’est ce qui rend l’affaire intéressante pour Sophia Antipolis. Le projet peut renforcer la place du territoire dans l’infrastructure européenne de l’IA. Il peut attirer des compétences, donner des moyens de calcul à des entreprises ou à des laboratoires, et prolonger l’écosystème technologique au-delà des réseaux professionnels et des campus. Mais il faudra aussi le juger sur des questions très simples: où exactement, avec quelle énergie, pour quels emplois, avec quelle récupération de chaleur, et quelles garanties pour le territoire?

La Côte d’Azur connaît déjà ces arbitrages. Le foncier économique y est rare, les zones d’activité touchent souvent des secteurs résidentiels, et chaque grand projet doit composer avec le cadre de vie, les accès, l’eau, l’énergie et l’artificialisation. Un datacenter n’est pas un objet immatériel posé dans le décor. C’est une usine de calcul.

Le contexte national va dans le même sens. RTE estimait que les datacenters représentaient environ 10 TWh de consommation électrique en France en 2022, soit autour de 2 % de la consommation nationale, avec des besoins qui pourraient tripler d’ici 2035. Le gestionnaire du réseau note aussi que les sites liés à l’IA peuvent être moins dépendants de délais de communication très courts que certains datacenters classiques. En clair, plusieurs territoires peuvent se positionner, à condition d’avoir le courant disponible, les bâtiments, la fibre et la capacité à faire accepter le projet localement.

Pour Sophia Antipolis, l’enjeu est donc moins de collectionner une nouvelle étiquette que de prouver un changement d’échelle. Après les réseaux d’entreprises, les rendez-vous professionnels et le renouveau de Telecom Valley, l’IA Factory déplacerait le territoire vers une autre catégorie: celle des infrastructures numériques qui consomment, chauffent, s’insèrent et doivent rendre des comptes.

Les sources publiques confirment l’annonce, le site de Mougins et les principaux chiffres. Elles ne suffisent pas encore à dire où en est précisément le projet. Evroc présente toujours Stockholm et Mougins comme ses deux datacenters en construction. Le vrai suivi commence donc maintenant: calendrier, raccordement, emplois, récupération de chaleur, autorisations et bénéfices concrets pour les acteurs locaux.

C’est là que se jouera la valeur du projet. Pas dans la formule de « première européenne », pratique pour les communiqués. Mais dans sa capacité à apporter au territoire autre chose qu’un grand mot, un grand bâtiment et une forte demande d’électricité.