Sous la Roseraie, entre le parking souterrain et la digue maritime, Cannes n’installe pas seulement un local technique près de la Croisette. À cet endroit, la mer ne servira plus seulement de paysage. Elle doit aussi fournir du chaud et du froid à une partie du centre-ville.
La centrale de thalassothermie dont la construction est lancée doit alimenter, à partir de l’automne 2027, plus de 50 bâtiments de la Croisette et de l’hypercentre. Dans le périmètre annoncé figurent des copropriétés, 17 hôtels, un collège, La Malmaison et le Palais des festivals et des congrès. Le principe est assez simple: l’eau de mer fournit des calories ou de la fraîcheur, récupérées par des échangeurs et des pompes, puis distribuées par un réseau urbain.
Ce n’est donc pas une climatisation géante posée sur la plage. C’est un réseau collectif, pensé pour des bâtiments qui ont des besoins réguliers, parfois simultanés, de chauffage et de rafraîchissement. Dans une ville de congrès, d’hôtels et de copropriétés anciennes ou très exposées au soleil, ce détail compte.
Sur la Côte d’Azur, le bord de mer n’est déjà plus seulement un espace de promenade, de plages et de terrasses. Après les concessions de plage et les travaux en mer, il concentre aussi des réseaux, des autorisations, des conduites et des arbitrages très concrets. Le dossier technique évoque une centrale enterrée sur deux niveaux, une emprise terrestre d’environ 5 700 m² dans la Roseraie, une emprise maritime d’environ 5 500 m² et des conduites de prise et de rejet d’eau de mer au pied de la digue du vallon de la Baume.
L’investissement annoncé par ENGIE Solutions atteint environ 55 millions d’euros, avec 13,5 millions d’euros de subvention de l’Ademe et 6 millions d’euros via les certificats d’économie d’énergie. L’exploitant avance une énergie à 75 % renouvelable, jusqu’à 15 % d’économie sur la facture des abonnés et 10 800 tonnes de CO₂ évitées par an. Ces chiffres donnent l’ambition du projet. Sa vraie mesure viendra ensuite: bâtiments effectivement raccordés, prix dans la durée, performance réelle en été comme en hiver.
La prudence n’est pas accessoire. En 2024, l’État avait soumis le projet à étude d’impact, compte tenu de ses emprises en mer et à terre, du prélèvement et du rejet d’eau de mer, et de sa localisation dans un espace littoral sensible. Cannes et ENGIE mettent en avant des dispositifs de protection des herbiers, de limitation du bruit sous-marin et d’arrêt du chantier en cas de présence de cétacés.
Cannes n’invente pas le principe. À Marseille, Thassalia utilise déjà l’eau de mer pour chauffer et rafraîchir le quartier Euroméditerranée. Le Cerema rappelle que la Méditerranée offre un potentiel réel, mais pas partout ni n’importe comment: il faut de la densité, des besoins réguliers, un site proche de la mer et des précautions environnementales sérieuses.
Cannes coche plusieurs de ces cases. Reste à transformer une promesse séduisante en service urbain lisible. Pour les habitants et les abonnés, l’enjeu n’est pas de savoir si le mot thalassothermie sonne moderne. Le test sera plus simple: lorsque les premiers bâtiments seront raccordés, il faudra voir si cette énergie venue de la mer rafraîchit vraiment la ville sans déplacer les contraintes sous la promenade.