Article

Sous le littoral azuréen, l’eau douce se surveille contre le sel

Le SMIAGE prépare une nouvelle campagne de suivi des intrusions salines dans les aquifères côtiers des Alpes-Maritimes.

Nappe littorale face à la mer

Dans les basses vallées du Var, de la Cagne, du Loup, de la Brague et de la Siagne, l’eau douce finit sa course tout près de la Méditerranée. Le sujet n’est pas seulement de savoir combien il en reste. Il faut aussi savoir jusqu’où le sel peut avancer sous terre.

Le SMIAGE et ses partenaires préparent une nouvelle campagne de suivi des intrusions salines dans les aquifères littoraux des Alpes-Maritimes. Le réseau de mesure s’est étoffé au fil des dernières années: 26 points de prélèvement en 2023, 42 en 2024 sur les bassins du Var, de la Cagne, du Loup et de la Brague, puis 50 points retenus pour la campagne 2025. L’objectif est de mieux localiser les secteurs concernés et de comparer les résultats dans le temps.

Le mécanisme tient en une image simple. Sous le littoral, l’eau douce et l’eau de mer ne sont pas séparées par une cloison. L’eau salée, plus dense, peut former un “biseau salé” sous l’eau douce. Quand les nappes baissent, quand les prélèvements augmentent ou quand la recharge est insuffisante, l’équilibre devient plus fragile.

Rien, dans les éléments publiés, ne permet de dire que toutes les nappes côtières du département seraient en train de basculer dans le sel. L’intérêt de la campagne est plus précis: documenter un risque discret, notamment en période de basses eaux, quand les nappes sont moins rechargées. Les campagnes précédentes ont surtout été menées en hautes eaux, dans une situation en général plus favorable.

Dans les Alpes-Maritimes, cette surveillance n’a rien d’accessoire. Le littoral concentre habitants, tourisme, équipements, réseaux et besoins d’été. Le rapport annuel 2023 du SMIAGE rappelle l’échelle du sujet: 1,1 million d’habitants, environ 400 000 abonnés desservis en eau potable, une forte variation saisonnière et 182 millions de mètres cubes prélevés par an, dont 150 millions pour l’eau potable.

Le suivi passe par des gestes modestes: prélever, mesurer la conductivité de l’eau, analyser les ions et les éléments traces. Une eau plus chargée en sels conduit davantage l’électricité. Ce détail de laboratoire peut devenir un signal utile pour un captage, un forage ou un service d’eau.

Ces mesures peuvent ensuite peser sur des décisions très concrètes. Si une intrusion saline progresse, les réponses peuvent concerner le rythme des prélèvements, la protection de certains captages, les économies d’eau en été, les interconnexions entre réseaux ou les choix d’aménagement. Sur la Côte d’Azur, la sécheresse ne se lit donc pas seulement dans les rivières ou les arrêtés de restriction. Elle se lit aussi dans cette frontière souterraine entre eau douce et eau salée.

Sur le littoral azuréen, la mer se surveille aussi sous terre.