Aux Sablettes, l’ouvrage le plus important du chantier ne se verra presque pas depuis la plage. Il est sous l’eau, à l’entrée de l’anse nord: un atténuateur de houle, posé pour casser une partie de l’énergie des vagues avant qu’elles n’arrivent sur le sable.
À Menton, la première phase de protection de la baie des Sablettes vient d’être menée sur la partie est du site. Le programme représente 4,1 millions d’euros hors taxes. Il est porté par la Communauté de la Riviera française et la Ville de Menton, avec le SMIAGE Maralpin, qui intervient sur la gestion de l’eau et des risques d’inondation.
Le but n’est pas seulement de “protéger la plage”, formule trop courte pour un lieu pareil. Entre la vieille ville, Garavan, les terrasses de saison, les promenades et les accès au bord de mer, les Sablettes concentrent beaucoup plus que des serviettes sur le sable. La baie est un espace de loisirs, un morceau d’économie locale, un paysage très regardé et un front exposé aux coups de mer.
Le chantier cherche donc plusieurs effets à la fois: atténuer la houle, limiter le risque de submersion marine, maintenir une plage utilisable et améliorer la circulation de l’eau et des sédiments entre les deux anses. Un rechargement en sable accompagne l’ouvrage sous-marin, afin de conserver une largeur de plage suffisante pour les usages balnéaires.
Le calendrier dit bien la contrainte locale. Les travaux se font hors saison, puis s’interrompent pour l’été, avec retrait des installations de chantier. La suite est prévue d’octobre 2026 à avril 2027. Elle doit concerner le ponton, l’avancée centrale des Sablettes et la plage Hawaï: nouveau ponton sur pieux, raccourcissement de cette avancée, suppression d’épis dégradés, ces petits ouvrages perpendiculaires au rivage.
L’idée n’est donc pas seulement d’ajouter une protection. Il s’agit aussi de corriger ce qui gêne la circulation de l’eau et du sable. C’est une différence importante sur un littoral où les réponses anciennes ont souvent consisté à fixer le rivage par des ouvrages, puis à réparer quand la mer, les courants ou les tempêtes déplacent à nouveau les lignes.
L’autorité environnementale, dans son avis rendu en 2024, avait justement pointé cette tension. Le projet répond à des besoins concrets: érosion de la plage nord, protection des personnes et des biens, maintien des activités économiques, amélioration de la qualité des eaux. Mais elle demandait aussi de penser plus loin que le chantier lui-même: comment gérer durablement ce trait de côte, avec quelle place pour la mer, quels usages à préserver et quelles adaptations à prévoir demain?
Aux Sablettes, cette question reste très pratique. Elle se joue dans une largeur de plage, un ponton, un accès, un ouvrage dégradé qu’on enlève, une houle qu’on tente d’amortir. Elle se joue aussi dans le choix de lancer les travaux avant la saison, puis de rendre le front de mer aux promeneurs, aux plagistes et aux baigneurs.
Menton ne peut pas commander la mer. Mais elle peut choisir plus finement ce qu’elle construit, ce qu’elle retire et ce qu’elle entretient. Aux Sablettes, avant de redevenir une plage d’été, le bord de mer rappelle ce qu’il est aussi: une infrastructure fragile, très utilisée, qu’il faut régulièrement ajuster.