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FUSAC06: la transmission des petites entreprises devient un sujet très local dans les Alpes-Maritimes

La création de FUSAC06 met en lumière un enjeu discret: plus de 26 000 entreprises des Alpes-Maritimes ont un dirigeant d’au moins 55 ans.

Cession d’une petite entreprise azuréenne

Pour un client, une reprise réussie ne se voit presque pas. Le garage ouvre à la même heure, le devis part avec le même numéro, les salariés sont encore là, la clientèle retrouve ses habitudes. Côté dirigeant, pourtant, tout se joue dans une zone plus délicate: trouver un repreneur, préserver la confidentialité, expliquer la valeur réelle de l’entreprise, éviter que le départ du patron ne devienne le début de la fin.

C’est ce marché discret que signale la création, à Saint-Laurent-du-Var, de l’Association des Cabinets de Fusion-Acquisition des Alpes-Maritimes, FUSAC06. Son objet déclaré est de fédérer les cabinets de conseil spécialisés en fusion-acquisition implantés dans le département, de favoriser les échanges d’informations et les bonnes pratiques.

Le mot “fusion-acquisition” fait vite penser aux grands groupes et aux opérations financières. Dans les Alpes-Maritimes, il peut aussi désigner une histoire plus ordinaire: un commerce à reprendre, une société de services à transmettre, une entreprise du bâtiment dont le dirigeant approche de la retraite, une activité touristique qui tient autant à son emplacement qu’à son carnet de clients.

Il ne faut pas faire dire trop à la naissance d’une association professionnelle. Elle ne prouve pas, à elle seule, une hausse des ventes d’entreprises. Mais elle tombe sur un sujet déjà bien identifié localement. Dans une étude publiée en 2025, la CCI Nice Côte d’Azur évaluait à 26 624 le nombre d’entreprises des Alpes-Maritimes dirigées par une personne de 55 ans ou plus. Cela représentait 36 % des entreprises ayant leur siège dans le département. Les emplois concernés étaient estimés à 109 081.

La transmission n’est donc pas seulement une affaire de patrimoine privé. Quand une petite entreprise ne trouve pas de repreneur, ce sont parfois une équipe, une clientèle, un bail, un savoir-faire ou un service de proximité qui disparaissent. La même étude soulignait que 92 % des entreprises des Alpes-Maritimes emploient moins de six salariés. Une grande partie du sujet se joue donc à taille humaine, loin des opérations spectaculaires.

Pour un dirigeant, vendre ne consiste pas simplement à afficher un prix. Il faut préparer les comptes, rendre l’activité compréhensible pour un acheteur, mesurer ce qui fait la valeur de l’entreprise, parfois accompagner la transition. Pour un repreneur, l’enjeu est de savoir ce qu’il achète vraiment: une marge, bien sûr, mais aussi une équipe, une réputation, une méthode de travail, une relation avec les clients.

C’est dans cet espace que les intermédiaires ont un rôle utile, à condition de ne pas parler seulement entre eux. La CCI Nice Côte d’Azur dispose déjà d’une bourse de cession-reprise. La Chambre de métiers et de l’artisanat Provence-Alpes-Côte d’Azur met aussi en avant l’accompagnement des cédants et des repreneurs, avec l’appui de partenaires comme les notaires, experts-comptables, avocats et banques.

L’utilité de FUSAC06 se jugera sur ce terrain simple: rendre le marché plus lisible pour les dirigeants qui veulent passer la main, pas seulement plus organisé pour les professionnels qui les conseillent. Beaucoup d’entrepreneurs savent qu’ils devront transmettre. Beaucoup savent moins quand s’y prendre, comment rester discrets, vers qui se tourner ou comment éviter de découvrir trop tard que l’entreprise n’est pas prête.

Une transmission réussie ne fait pas toujours événement. Parfois, elle permet simplement à la porte de rouvrir le lendemain, avec les salariés encore là et les clients qui reviennent. Dans une économie locale faite de petites continuités concrètes, c’est déjà beaucoup.