Au Vignal, aux Ferrages ou à la Fouan, la question n’est plus seulement de savoir si une parcelle peut échapper au béton. À Châteauneuf-Grasse, une partie des terres agricoles a déjà été placée sous zone agricole protégée. Le vrai test commence après la carte: qui cultive, avec quel accès, quelle eau, quel projet et quels débouchés?
La présence du dossier parmi les enquêtes publiques peut laisser croire à une procédure nouvelle. Ce n’est pas le cas. L’enquête a eu lieu du 6 janvier au 7 février 2022. La zone agricole protégée, elle, a été créée par arrêté préfectoral à la fin de la même année. Le sujet n’est donc plus l’ouverture d’une procédure, mais ce que cette protection produit dans la durée.
Une zone agricole protégée sert à donner un verrou plus solide à des terres dont la vocation agricole est jugée importante. Dans une commune résidentielle du pays grassois, ce n’est pas un détail. La pression foncière ne se voit pas toujours sous la forme d’un grand chantier. Elle passe aussi par des parcelles qui changent d’usage, des terres qui deviennent des réserves d’attente, des exploitations difficiles à transmettre, des chemins et des accès qui comptent autant que le classement sur le plan.
C’est là que Châteauneuf-Grasse devient intéressante. La ZAP peut empêcher qu’une terre agricole soit regardée comme une simple promesse immobilière. Elle ne rend pas automatiquement cette terre facile à travailler. Elle ne règle pas seule l’irrigation, la remise en état, la rentabilité d’une petite surface, la présence de bâtiments agricoles ou la capacité d’un exploitant à s’installer.
Les appels récents autour de parcelles à vocation agricole montrent que le dossier a quitté le registre symbolique. Le Département des Alpes-Maritimes et la SAFER ont déjà traité des terres de Châteauneuf-Grasse comme des supports possibles d’installation ou de remise en culture. C’est probablement là que se joue l’étape utile: passer d’une protection foncière à une agriculture réelle, productive et tenable.
Pour les habitants, l’enjeu est plus concret qu’il n’y paraît. Une terre cultivée, ce n’est pas seulement un paysage préservé. C’est un sol qui reste ouvert, un morceau de commune qui ne devient pas uniquement résidentiel, une chance pour des circuits courts, parfois une respiration dans un territoire où l’habitat avance vite. Mais cette respiration demande du travail, pas seulement un périmètre.
La ZAP de Châteauneuf-Grasse a donc déjà franchi le moment administratif que l’on croyait encore ouvert. La suite est moins spectaculaire, mais plus décisive: trouver les bons porteurs de projet, garder les terres praticables et vérifier, parcelle après parcelle, que la protection sert encore à produire quelque chose.