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Entre Menton et Vintimille, Natura 2000 s’organise en mer

Entre Cap Martin et Capo Mortola, Français et Italiens coordonnent deux sites Natura 2000 pour mieux suivre les milieux marins et encadrer les usages.

Herbiers marins près de la frontière

À Menton, la frontière italienne se franchit en quelques minutes. En mer, entre Cap Martin et Capo Mortola, elle ne change ni les herbiers de posidonie, ni les fonds rocheux, ni la circulation des bateaux. C’est tout le problème, et tout l’intérêt, du sujet discuté le 16 avril à Vintimille lors d’un symposium sur les zones protégées transfrontalières.

Pour l’est des Alpes-Maritimes, l’enjeu est très concret. Deux sites Natura 2000 se font face de part et d’autre de la frontière: Cap Martin côté français, Capo Mortola-San Gaetano côté italien. Ils subissent des pressions proches, surtout liées à la fréquentation du littoral et aux usages en mer. Les gérer chacun dans son coin a vite ses limites.

C’est l’objet du projet CAP’M, porté avec des partenaires français et italiens, dont le SMIAGE, la Communauté de la Riviera française, la Région Ligurie, l’Université de Gênes et le Département des Alpes-Maritimes. Le but est de rapprocher la gestion de ces deux zones marines protégées et de préparer, à terme, une aire marine transfrontalière mieux coordonnée.

Natura 2000 peut sembler lointain. En réalité, le cadre touche à des sujets très simples: où l’on mouille, comment on suit l’état de l’eau, comment on protège certains habitats, comment on limite les dégradations sans transformer la côte en espace interdit. Natura 2000 ne consiste pas à fermer les sites. Le principe est de préserver les milieux tout en maintenant des usages compatibles avec leur état écologique.

C’est là que la frontière devient un sujet local. Si un côté surveille mieux, interdit davantage ou sensibilise plus que l’autre, la pression ne disparaît pas forcément. Elle peut se déplacer. Pour les herbiers de posidonie, qui jouent un rôle majeur pour la biodiversité méditerranéenne, ce genre de décalage n’a pas grand sens.

Le projet avance donc par outils concrets. En janvier, une sonde océanographique a été déployée au Cap Martin pour suivre en continu plusieurs paramètres de l’eau. Un dispositif comparable doit être installé côté italien, à Capo Mortola. Les partenaires prévoient aussi un suivi par caméras afin de mieux observer la fréquentation nautique et ses effets. L’idée est simple: mesurer de la même manière, partager les données, puis ajuster la gestion sur une base commune.

Les échanges de Vintimille ont aussi porté sur la façon de gouverner ce type d’espace. Les administrations, les gestionnaires et les habitudes de travail ne sont pas les mêmes des deux côtés de la frontière. Pourtant, les problèmes se ressemblent: plaisance, plongée, pêche de loisirs, attractivité touristique, préservation des habitats marins. La coordination touche donc à des usages quotidiens d’un littoral très fréquenté.

Pour la Riviera française, le sujet mérite donc mieux qu’un simple compte rendu de symposium. Il dit quelque chose de très local: à l’est des Alpes-Maritimes, la protection du milieu marin ne peut pas être pensée seulement à l’échelle d’une commune, ni même d’un seul pays. Entre Cap Martin et Capo Mortola, la mer impose déjà un autre périmètre.