À Valbonne, le solaire ne se joue pas seulement sur les terrains disponibles. Il peut aussi se jouer sur des toits, des parkings, des bureaux ou des équipements déjà construits. Mais dès qu’une même production doit alimenter plusieurs consommateurs, une question moins visible apparaît : qui organise le partage ?
C’est dans cette zone très pratique que se place, au moins dans ses statuts, Sharenr, nouvelle association créée à Valbonne et repérée dans les données du Journal officiel des associations. Son objet n’annonce pas une centrale déjà en service. Il prévoit d’agir comme personne morale organisatrice mutualisée pour plusieurs opérations d’autoconsommation collective.
L’expression est technique, le rôle beaucoup moins. Dans une opération d’autoconsommation collective, des producteurs et des consommateurs se partagent une électricité produite localement, souvent photovoltaïque. Pour que cela fonctionne, ils doivent être réunis par une structure commune. C’est elle qui représente les participants, signe la convention avec le gestionnaire du réseau, transmet les règles de répartition et suit l’opération dans la durée.
Ce n’est donc pas seulement une affaire de panneaux. Il faut savoir quelle part de l’électricité revient à chaque participant, comment les flux sont comptés, qui échange avec Enedis, comment les règles évoluent si un consommateur arrive ou part.
À Valbonne, le sujet n’arrive pas n’importe où. La commune touche Sophia Antipolis, avec ses bureaux, ses entreprises, ses laboratoires, ses équipements et ses résidences. Dans un département où les grands projets solaires rencontrent vite la question du foncier, l’autoconsommation collective déplace une partie du débat vers les surfaces déjà bâties : toitures, parkings, bâtiments publics, immeubles ou zones d’activité.
Il faut rester prudent. La création de Sharenr ne prouve pas qu’une opération fonctionne déjà à Valbonne. Elle signale plutôt un outil possible. Son objet mentionne aussi la faculté de déléguer des tâches techniques, administratives ou financières à Mimosa Energies, société domiciliée à Valbonne. Là encore, il ne faut pas lire plus que ce qui est écrit : l’association indique une intention d’organisation, pas un bilan.
Le mouvement, lui, dépasse largement la commune. Enedis comptait 1 625 opérations d’autoconsommation collective en service au 1er janvier 2026, contre 77 en 2021. Le cadre reste toutefois très encadré. Pour une opération étendue, les participants doivent respecter un périmètre géographique, avec en règle générale une distance maximale de deux kilomètres entre les plus éloignés et une puissance plafonnée à 5 MW en métropole, sauf dérogations.
C’est cette contrainte qui fixe la nature du sujet. L’autoconsommation collective n’est pas un grand système où n’importe quel producteur local alimenterait n’importe quel consommateur du département. C’est une organisation de proximité, avec des participants identifiés, des compteurs, une convention et des règles de partage.
Après les débats sur l’emplacement des panneaux, notamment à Valbonne autour du photovoltaïque du Trou de Béget, ce nouveau signal raconte une autre étape. Le solaire local ne doit pas seulement trouver sa place. Il doit aussi trouver sa méthode.
Sans cette organisation, l’électricité partagée reste surtout une idée entre deux compteurs.