Université Côte d’Azur a lancé le 22 avril son Institut d’innovation et de partenariats « Ageing and Well-being ». Le nom est institutionnel, mais le sujet est très concret. Dans les Alpes-Maritimes, 32,6 % des habitants ont 60 ans ou plus au 1er janvier 2026, selon l’Insee. Les 75 ans ou plus représentent déjà 14,4 % de la population départementale.
Le vieillissement n’est donc pas une question lointaine. Il est déjà dans les logements, les soins, les déplacements, les services à domicile, les aidants, la prévention et les métiers qui recrutent. Le risque, avec le « bien-vieillir », est de réduire le sujet à quelques salons professionnels, start-up et objets connectés. L’intérêt de l’initiative universitaire est de le replacer dans un ensemble plus large: santé, recherche, formation, ville adaptée, données, entreprises et usages quotidiens.
Le programme annoncé par Université Côte d’Azur va dans ce sens. Il prévoit du soutien aux jeunes entreprises, des laboratoires vivants pour tester des solutions avec les usagers, de la formation, de l’expertise scientifique et un travail autour des données médicales. Les thèmes associés couvrent la ville adaptée à l’âge, la prévention, l’environnement, la silver économie, c’est-à-dire les activités liées aux besoins des seniors, et la compréhension biologique du vieillissement.
C’est là que le projet peut servir localement. Les Alpes-Maritimes disposent d’un écosystème dense: université, centre hospitalier universitaire, acteurs du numérique, services à la personne, collectivités, entreprises de santé et de bien-être. Mais ces mondes avancent souvent chacun dans leur couloir. Un institut peut créer un point de rencontre, s’il permet de tester des réponses réelles: logements plus faciles à adapter, repérage plus précoce des fragilités, soutien aux aidants, formation des professionnels, outils numériques qui simplifient vraiment le quotidien.
Les chiffres régionaux donnent l’échelle du chantier. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Insee relevait qu’un seul logement occupé par un senior sur dix dispose d’un aménagement spécifique pour l’autonomie. La plupart des personnes âgées dépendantes vivent à domicile. L’accompagnement des personnes âgées représente déjà 77 500 emplois en équivalent temps plein dans la région, dont une grande part dans l’aide à domicile et le soin.
Le sujet dépasse le département. La Drees, le service statistique des ministères sociaux, estime qu’en 2050 la France comptera près de 23 millions de personnes de 60 ans ou plus, soit 5 millions de plus qu’en 2021. Elle projette aussi 738 000 personnes supplémentaires en perte d’autonomie. À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé prévoit 2,1 milliards de personnes de 60 ans ou plus en 2050.
Dans ce contexte, Nice a un avantage simple: les besoins sont visibles, les acteurs sont proches, et le territoire peut devenir un lieu d’expérimentation. Le futur campus santé de Saint-Jean d’Angély, porté par Université Côte d’Azur, renforce cette logique de rapprochement entre formation, soin et innovation.
Le lancement de l’institut ne règle rien à lui seul. Il donne un cadre de travail. Sa valeur se verra dans ce qu’il aide à produire: des projets testés avec les habitants, des solutions utilisables par les professionnels, des formations adaptées aux métiers en tension et des coopérations moins dispersées. Dans les Alpes-Maritimes, le vieillissement n’est pas seulement une contrainte démographique. C’est aussi un terrain où le territoire peut mieux organiser ses forces.