Dans les Alpes-Maritimes, la sobriété se voit désormais dans les détails. Elle ne consiste pas seulement à promettre moins de carbone demain. Elle commence par savoir quand une vitrine reste allumée, combien d’eau consomme un hôtel, où part l’énergie d’un atelier, et quels investissements peuvent réduire les coûts sans ralentir l’activité.
La chambre de commerce et d’industrie Nice Côte d’Azur a remis trois sujets sur la table en avril : la décarbonation de l’industrie azuréenne, les transitions énergie-eau, puis la réduction de l’empreinte lumineuse. Séparés, ce sont des thèmes classiques. Rapprochés, ils dessinent une même réalité : l’écologie devient une contrainte d’exploitation pour les entreprises locales.
La lumière est le cas le plus visible. Le 16 avril, la CCI a relayé une opération d’extinction nocturne dans la nuit du 22 au 23 avril, dans le cadre d’une mobilisation liée à la Journée de la Terre. Le geste peut sembler symbolique. Il ne l’est pas seulement. Les enseignes lumineuses doivent en principe être éteintes entre 1 heure et 6 heures du matin lorsque l’activité a cessé. Les vitrines, les bureaux et certains parkings d’activité sont aussi concernés par des règles d’extinction.
Sur la Côte d’Azur, cette question touche directement l’économie. Les commerces, hôtels, restaurants, zones d’activité et événements vivent aussi de leur visibilité. Mais éclairer toute la nuit coûte de l’argent, crée des nuisances et n’apporte pas toujours plus de clients. Le sujet n’est donc pas d’éteindre la ville. Il est de savoir ce qui doit vraiment rester éclairé, à quelle heure, avec quelle intensité, et pour quel bénéfice.
L’eau suit la même logique. Les prochaines Assises Azuréennes des Transitions, prévues le 9 juin au Pôle Alpha de Sophia Antipolis, associeront énergie et eau. Ce rapprochement est parlant. Dans un département très touristique, ces deux ressources sont devenues des facteurs de compétitivité, pas seulement des sujets environnementaux. La Côte d’Azur a dépassé les 12 millions de touristes en 2025, dont plus d’un visiteur sur deux venu de l’étranger. Cette puissance attire, mais elle augmente aussi la pression sur les hôtels, les restaurants, les équipements de loisirs, les golfs, les stations de lavage et les copropriétés.
La préfecture travaille justement sur l’actualisation de l’arrêté sécheresse 2026, le texte qui fixe les niveaux d’alerte et les restrictions d’usage de l’eau. Des filières économiques ont été associées aux échanges. Là encore, le débat se déplace : il ne s’agit plus seulement de réagir quand la ressource baisse, mais de préparer les usages avant la crise.
Pour les entreprises touristiques, cette préparation devient très concrète. Le programme ReS’Eau, porté par les chambres de commerce des Alpes-Maritimes, du Var et des Bouches-du-Rhône, propose aux acteurs du tourisme un prédiagnostic, un plan d’action, des bonnes pratiques et des outils de sensibilisation pour les équipes et les clients. Les candidatures sont ouvertes jusqu’à fin mai 2026. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est probablement ce qui compte : mesurer, corriger, former, suivre.
L’autre angle moins visible est industriel. Les Alpes-Maritimes ne sont pas seulement une économie de plages, de services et de congrès. Le département compte 5 530 établissements industriels et près de 31 000 emplois industriels. On y trouve de l’agroalimentaire, de l’énergie, de la chimie fine, des arômes, des activités techniques et des zones économiques où la facture énergétique reste une vraie question.
La décarbonation y passe par des décisions parfois banales : identifier les postes qui consomment le plus, optimiser un procédé, remplacer un équipement, revoir les achats, récupérer de la chaleur, mieux piloter les bâtiments. L’outil LISE, proposé par les CCI, va dans ce sens avec un diagnostic carbone simplifié, gratuit pour les entreprises industrielles du territoire grâce à un financement public. Selon la CCI Nice Côte d’Azur, plus de 40 entreprises des Alpes-Maritimes sont déjà suivies ou accompagnées.
Le point clé est l’échelle. Dans les Alpes-Maritimes, 95,7 % des établissements ont moins de 11 salariés. La transition ne peut donc pas rester réservée aux grands groupes capables de financer des études longues et des équipes dédiées. Pour une très petite entreprise, le bon sujet est souvent plus direct : éteindre mieux, consommer moins, éviter le gaspillage, choisir un investissement utile, réduire une facture, rester conforme.
C’est là que la séquence d’avril devient intéressante. Elle ne promet pas une grande bascule. Elle montre plutôt une économie locale qui commence à traiter l’eau, l’énergie et la lumière comme des paramètres ordinaires de gestion. Moins de slogan, plus de réglages. Pour beaucoup d’entreprises azuréennes, c’est sans doute par là que la transition devient praticable.