La stratégie Alpes de la Méditerranée 2030-2050 entre dans une phase concrète par une sélection très resserrée: cinq entreprises seront retenues pour participer à un premier travail collectif, le 15 mai à Cuneo, en Italie, autour de l’économie circulaire et de l’eau. L’appel à volontaires, relayé le 27 avril par la Chambre de commerce Nice Côte d’Azur, s’inscrit dans deux projets européens de coopération entre la France et l’Italie.
Le nombre est limité, mais le sujet ne l’est pas. Derrière cette sélection se joue une question simple: quels acteurs économiques auront voix au chapitre quand le territoire commencera à écrire ses priorités pour 2030, 2040 et 2050?
Le périmètre relie les Alpes-Maritimes, Cuneo et Imperia, avec des partenaires français et italiens. Il met dans la même conversation le littoral, les vallées, les stations de montagne, les parcs naturels, les entreprises touristiques, les collectivités et les chambres consulaires. C’est précisément cette couture qui compte: la Côte d’Azur ne fonctionne pas seulement par sa façade maritime. Elle dépend aussi de ses routes de vallée, de son eau, de ses paysages, de ses saisons et de sa capacité à faire vivre l’arrière-pays autrement qu’en réserve de week-end.
Les chiffres rappellent l’ampleur de l’enjeu. La Côte d’Azur revendique 12,5 millions de touristes, 70 millions de nuitées, 7 milliards d’euros de consommation touristique et 75 000 emplois directs liés au tourisme. Elle compte aussi 15 stations de sports d’hiver et 7 500 kilomètres de sentiers balisés. Ce modèle est puissant, mais il devient plus exigeant à piloter: moins de neige garantie à basse altitude, plus de tension sur l’eau, des pics de fréquentation à lisser, des mobilités à organiser entre littoral et montagne.
C’est là que les deux projets européens prennent un sens local. L’un travaille sur un tourisme plus durable et moins dépendant des pointes saisonnières. L’autre vise la gestion de l’eau, la biodiversité et l’économie circulaire. Leurs budgets, 2,52 millions et 3,89 millions d’euros, ne transformeront pas à eux seuls l’économie azuréenne. Ils peuvent en revanche financer des méthodes, des ateliers, des expérimentations et des coopérations que beaucoup d’entreprises n’ont pas les moyens de construire seules.
Le contexte donne du relief à cette démarche. En Europe, le stress hydrique touche déjà chaque année environ 20 % du territoire et 30 % de la population. En France, le nouveau plan national d’adaptation au changement climatique travaille désormais avec une trajectoire de référence pouvant aller jusqu’à +4 °C dans l’Hexagone d’ici la fin du siècle. Pour les stations de montagne, la neige artificielle reste une réponse partielle, coûteuse et dépendante d’une ressource en eau elle-même sous pression.
Pour une entreprise locale, l’intérêt n’est donc pas de participer à une réunion de plus. Il est de faire entrer ses contraintes réelles dans la stratégie: consommation d’eau d’un hôtel, déchets d’un restaurateur, saisonnalité d’un prestataire touristique, accès d’un commerce de vallée, adaptation d’une station, coopération avec un fournisseur ou un client italien. C’est à cette échelle que la stratégie 2030-2050 peut devenir autre chose qu’un document bien présenté.
La sélection de cinq entreprises ne dira pas tout. Elle donnera tout de même un premier signal: qui se positionne, qui manque encore autour de la table, et si cette stratégie partira bien des usages concrets du littoral, des vallées et de la montagne.