Dans les Alpes-Maritimes, le photovoltaïque au sol ne se juge plus seulement à sa production. Il se juge à l’endroit où il s’installe. Valbonne, Levens et Valderoure montrent trois cas très différents: une ancienne décharge, un site naturel du mont Arpasse, un secteur forestier près d’un captage d’eau potable. Même question à chaque fois: pourquoi ce terrain-là plutôt qu’un toit, un parking ou une friche déjà artificialisée?
À Valbonne, la ferme solaire de Béget est le dossier le plus facile à défendre sur le papier. La Ville prévoit 4 424 panneaux sur l’ancienne décharge du Trou de Béget, avec une surface clôturée annoncée à 3,01 hectares, une puissance de 3,01 mégawatts-crête et une production attendue de 4 420 mégawattheures par an, pour une mise en service visée en 2027. Le terrain est déjà marqué par un usage passé. Mais cela ne suffit pas à effacer les impacts: l’autorité environnementale régionale relevait déjà un secteur de projet de 3,8 hectares, assorti de 13,8 hectares de débroussaillement obligatoire, et la DREAL a ouvert en février 2026 une consultation liée aux espèces protégées.
À Levens, l’échelle est autre. Le projet de l’Arpasse, porté par la Société monégasque de l’électricité et du gaz, prévoit 11,7 hectares au sud du mont Arpasse, à environ 550 mètres d’altitude, pour 11,53 mégawatts-crête et plus de 17 000 mégawattheures par an. Une première enquête publique avait rendu un avis défavorable en janvier 2024. Le permis de construire délivré en mars 2024 a ensuite fait l’objet de deux recours. Le tribunal administratif de Nice a sursis à statuer en février 2025 pour permettre de compléter l’étude d’impact sur la fonctionnalité écologique du site et les mesures de compensation. L’enquête complémentaire s’est tenue du 12 au 26 novembre 2025. La commune se déclare favorable au projet, mais le dossier reste un test clair: produire localement sans déclasser trop facilement un réservoir de biodiversité.
À Valderoure, le point dur est l’eau. Le projet de Graou Courrent, porté par Solaire D015/Engie, a fait l’objet d’une enquête publique complémentaire du 19 juin au 3 juillet 2025. La préfecture indique que le tribunal administratif avait retenu une insuffisance de l’étude d’impact initiale sur les effets possibles du projet sur le captage d’eau potable des Bouisses. L’avis environnemental de 2018 décrivait quatre parcs photovoltaïques pour environ 15,8 mégawatts-crête sur 26 hectares, dans un secteur naturel et forestier, avec des enjeux de sols calcaires, de réseau karstique, de ruissellement et d’eaux souterraines. Ici, le débat ne porte pas seulement sur le paysage. Il touche à une ressource vitale.
Ces dossiers arrivent dans un département peu équipé au regard de son ensoleillement. Fin 2024, les Alpes-Maritimes comptaient 154 mégawatts photovoltaïques raccordés, loin derrière les Bouches-du-Rhône avec 804 mégawatts, le Var avec 590 et les Alpes-de-Haute-Provence avec 460. Ce retard a des raisons concrètes: littoral dense, relief, forêts, risques naturels, paysages exposés, pression foncière. Mais il ne peut pas servir de point final.
En France, le solaire accélère. Le parc photovoltaïque atteignait 31,3 gigawatts fin 2025, après 6,1 gigawatts raccordés en un an. La production solaire a atteint 37 térawattheures en 2025, soit 7,3 % de la consommation électrique française hors autoconsommation. Le photovoltaïque n’est donc plus un appoint symbolique. Il devient une infrastructure ordinaire, avec des choix ordinaires à assumer: le lieu, le coût, le voisinage, l’entretien, les accès, l’eau, la biodiversité.
Le débat ne se résume pas à choisir entre panneaux et nature. Il oblige d’abord à classer les terrains. Les parkings extérieurs existants de plus de 1 500 m² devront progressivement recevoir des ombrières sur au moins la moitié de leur surface entre juillet 2026 et juillet 2028, avec production d’énergie renouvelable, sauf exceptions. Dans un département de zones commerciales, d’hôpitaux, de technopoles, d’équipements publics et de pôles touristiques, ce gisement doit être traité sérieusement avant d’aller chercher des hectares en forêt ou près d’un captage.
Cela ne rend pas les centrales au sol inutiles. Cela relève simplement le niveau de preuve attendu. À Valbonne, Levens et Valderoure, les porteurs de projet doivent montrer que le site choisi est meilleur que les alternatives, pas seulement disponible. Dans les Alpes-Maritimes, le solaire a de la place à prendre. Il devra surtout montrer qu’il sait bien choisir sa place.