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À Nice, les nouvelles procédures collectives confirment la fragilité des très petites entreprises

Un lot BODACC du 22 avril éclaire moins une vague de faillites qu’une fragilité persistante des très petites entreprises dans les Alpes-Maritimes.

Illustration - entreprises niçoises en tension

À Nice, les nouvelles procédures collectives confirment la fragilité des très petites entreprises

Le lot publié le 22 avril au BODACC ne montre pas une vague soudaine de faillites à Nice. Il montre autre chose, plus utile à lire: la fragilité récurrente de très petites structures. Sur les cinq dossiers repérés dans ce paquet, quatre correspondent à un dépôt de l’état des créances, donc à une étape dans des procédures déjà ouvertes, pas à une chute enregistrée ce jour-là. Seule France Régions Producteurs, à Contes, apparaît dans une ouverture récente de liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Nice, pour une activité de commerce de gros alimentaire.

Ce détail change tout. Le signal du jour n’est pas celui d’un effondrement local, mais celui d’entreprises qui restent fragiles assez longtemps pour continuer à réapparaître dans les publications judiciaires. On retrouve ici du transport de proximité avec Godeliv, du commerce alimentaire de gros avec France Régions Producteurs, et des structures de holding ou de gestion patrimoniale avec HI et MAT Finances. Ce ne sont pas les mêmes métiers, mais ce sont souvent des structures fines, peu épaisses en effectifs et très sensibles à la trésorerie. France Régions Producteurs comptait 1 à 2 salariés en 2022.

Ce profil colle à l’économie des Alpes-Maritimes. Fin 2022, 74,7 % des établissements employeurs du département avaient entre 1 et 9 salariés. Les activités de commerce, transports et services divers représentaient 72,7 % de ces établissements. Et 71,5 % relevaient de la sphère dite présentielle, c’est-à-dire d’activités tournées vers les besoins des habitants et des touristes. En clair, le tissu local est dense et vivant, mais aussi très exposé à une mauvaise saison, à un retard de paiement ou à quelques mois de tension sur les coûts.

Le paradoxe est plus large que Nice. En 2025, la France a encore battu son record avec 1 165 800 créations d’entreprises. Mais dans le même temps, la Banque de France recensait encore 69 392 défaillances sur douze mois à fin février 2026. On crée donc beaucoup, mais on ne consolide pas toujours. Dans les Alpes-Maritimes, la note conjoncturelle publiée en mars ne parle d’ailleurs pas d’une explosion récente des défaillances, mais d’un fort repli. Le lot du 22 avril ne dit donc pas “crise générale”. Il rappelle plutôt qu’un territoire peut rester entrepreneurial, mobile, attractif, et garder malgré tout un noyau dur de petites entreprises vulnérables.

La leçon utile est là. Une procédure collective ne veut pas toujours dire disparition immédiate, et toutes les annonces BODACC ne se valent pas. Mais quand les mêmes profils reviennent, cela dit quelque chose de la solidité réelle du tissu local. La CCI Nice Côte d’Azur met en avant un accompagnement rapide et confidentiel pour les entreprises en difficulté. Le greffe du tribunal de commerce rappelle que la conciliation et le mandat ad hoc permettent de négocier avec les créanciers avant qu’une procédure publique ne s’installe. Et un dirigeant peut demander un entretien gratuit, anonyme et confidentiel avec le président du tribunal. Dans un département où tant d’entreprises sont minuscules, l’enjeu n’est pas seulement le nombre de procédures. C’est la capacité à réagir avant qu’elles deviennent publiques.