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Dans les Alpes-Maritimes, une même journée ouvre une vraie vague de dossiers publics sur le foncier, l’eau, l’énergie et les transports

Tramways, crues, solaire, terres agricoles: dans les Alpes-Maritimes, les pages préfectorales du 17 avril signalent surtout l’entrée des projets dans des phases très concrètes.

Illustration - carte des procédures dans le 06

Dans les Alpes-Maritimes, le vrai signal du 17 avril n’est pas qu’une grande vague de consultation s’ouvre d’un coup. C’est plus concret que ça. Plusieurs projets passent en même temps du débat général au terrain réel: parcelles, acquisitions, servitudes, contraintes d’usage. Et c’est là qu’ils commencent à compter vraiment pour les habitants. La confusion vient du portail lui-même: une page remise en avant n’est pas forcément une procédure encore ouverte.

Le tramway niçois le montre très bien. La ligne 5 n’est plus une promesse vague. La Métropole Nice Côte d’Azur la présente comme un tracé de 7,5 kilomètres, 15 stations, 25 minutes de trajet entre les deux terminus, avec 47 100 habitants et 13 900 emplois desservis. Mais l’étape visible aujourd’hui dit autre chose que “le projet avance”: l’enquête publique s’est tenue du 3 novembre au 12 décembre 2025, et la ligne 4 est déjà passée, elle, par une enquête parcellaire complémentaire du 3 au 24 novembre 2025 à Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent-du-Var. En clair, on n’est plus seulement dans l’idée du transport. On entre dans le moment où les terrains et les droits sont nommés. C’est souvent là qu’un grand projet cesse d’être abstrait.

Même bascule à Cannes et à Valbonne. Pour la Frayère aval, l’enquête sur la servitude du système d’endiguement s’est tenue du 30 mai au 14 juin 2024. Mais le dossier pèse toujours parce qu’il fixe des règles durables autour d’un ouvrage de protection contre les crues. Cannes Pays de Lérins décrit un recalibrage sur 400 mètres, jusqu’à 25 mètres de large selon ses documents, avec plus de 10 000 m² de surfaces végétalisées. À Valbonne, le parc photovoltaïque du Trou de Béget a clos son enquête le 3 février 2026. Là aussi, le fond du sujet n’est pas seulement “plus de solaire”. Les documents évoquent 3,8 hectares de projet sur un ancien site d’enfouissement et 13 hectares de débroussaillement au lieu du débroussaillement réglementaire. Dans le 06, un même bout de territoire doit donc absorber à la fois la protection contre les crues, l’énergie décarbonée, la forêt, la biodiversité et le risque incendie.

La zone agricole protégée de Châteauneuf-Grasse complète le tableau. Sa page réapparaît dans les rubriques préfectorales, mais elle renvoie à un dossier ancien, déjà présent dans les archives 2022 de la préfecture, et à un arrêté préfectoral de création recensé fin 2022. Là encore, la leçon est simple: ce qui ressurgit sur le portail n’est pas toujours une nouvelle bataille. Cela peut être la trace d’une décision déjà prise, en l’occurrence celle de sanctuariser des terres agricoles dans un département où transports, énergie, prévention des crues et urbanisation se disputent le même foncier.

Le vrai problème, au fond, n’est pas l’absence de procédure. Le cadre existe, avec une information du public au moins quinze jours avant l’ouverture d’une enquête, puis des durées minimales de quinze ou trente jours selon les cas. Le problème est la lisibilité. Tout arrive sur les mêmes pages, avec des statuts très différents. Le bon réflexe est donc moins compliqué qu’il n’y paraît: vérifier si la procédure est encore ouverte, regarder qui elle touche vraiment, puis voir ce qu’elle change sur le terrain. Dans les Alpes-Maritimes, c’est souvent à ce moment précis que le territoire commence à bouger pour de bon.