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Sous les calcaires du Cheiron, du Mons-Audibergue et de Tourette-Chiers, les Alpes-Maritimes protègent une réserve d’eau pour les étés à venir

Le SMIAGE affine une stratégie de protection d’aquifères jugés stratégiques pour l’eau potable future des Alpes-Maritimes.

Aquifère calcaire et relief maralpin

Sous les calcaires du Cheiron, du Mons-Audibergue et de Tourette-Chiers, les Alpes-Maritimes protègent une réserve d’eau pour les étés à venir

Dans les Alpes-Maritimes, la question de l’eau se joue aussi sous terre. Le 12 février, le Syndicat mixte inondations, aménagement et gestion de l’eau maralpin, le SMIAGE, a réuni le comité de pilotage de la phase 4 de son étude sur les calcaires jurassiques du Cheiron, du Mons-Audibergue et de Tourette-Chiers. Le projet est financé à 80 % par l’Agence de l’eau et à 20 % par le Département. Après trois premières phases consacrées aux ressources disponibles, aux besoins du territoire et aux zones déjà exploitées ou non pour l’eau potable, cette étape doit définir une stratégie commune de préservation et de surveillance, avec un plan d’action partagé.

Autrement dit, le dossier ne promet pas un nouveau robinet pour demain matin. Il vise à protéger une ressource jugée stratégique pour l’eau potable actuelle et future. Dans le bassin Rhône-Méditerranée, cette notion désigne des nappes et aquifères qu’il faut identifier, caractériser et sauvegarder parce qu’ils sont déjà décisifs pour de larges populations, ou parce qu’ils pourraient le devenir à moyen et long terme. Le principe est simple: préserver tôt ce qui peut sécuriser l’approvisionnement plus tard, plutôt que découvrir trop tard qu’une réserve a été dégradée, artificialisée ou rendue plus difficile à mobiliser.

Ce n’est pas un sujet abstrait. Le plan de gestion de la ressource en eau du Loup décrit les massifs du Cheiron, du Mons-Audibergue et de Tourette-Chiers comme des aquifères karstiques stratégiques, avec un rôle majeur pour l’alimentation en eau potable actuelle et future d’un large secteur. Les actions prévues sont très concrètes: diagnostiquer les ouvrages existants, ajouter des dispositifs de mesure sur des émergences non équipées, organiser le partage de données entre producteurs d’eau et SMIAGE, et établir des fiches précises par point d’eau. C’est moins spectaculaire qu’un grand chantier, mais c’est exactement ce qui permet de passer d’une inquiétude diffuse à une gestion plus solide.

Le choix a d’ailleurs une logique qui dépasse les Alpes-Maritimes. Dans le bassin Rhône-Méditerranée, 77 % des prélèvements destinés à l’eau potable viennent des eaux souterraines. À l’échelle de la France hexagonale, elles représentent près des deux tiers de la consommation d’eau potable. Le Bureau de recherches géologiques et minières rappelle aussi que ces nappes dépendent de cycles de recharge et que leur disponibilité peut être fragilisée à la fois par le changement climatique et par les pressions de surface. Dans ce contexte, mieux connaître les grandes réserves souterraines et mieux les protéger n’a rien d’un raffinement technique. C’est une politique de base pour éviter de gérer chaque été comme une surprise.

À ce stade, aucune mise en service nouvelle n’est annoncée. Et c’est très bien ainsi. La phase 4 sert d’abord à fixer des règles du jeu, à surveiller, à protéger, à garder de la marge. Dans un département habitué aux tensions estivales, ce n’est pas une solution miracle. C’est plus utile qu’une solution miracle: une manière de préparer les prochains étés avant qu’ils ne s’imposent en urgence.