Dans les Alpes-Maritimes, on crée beaucoup d’entreprises, mais très peu démarrent comme de vrais employeurs. Le lot publié ce 12 avril autour de Nice, Cannes, La Trinité et Èze le rappelle à sa façon: derrière le flux des immatriculations, l’économie locale repose d’abord sur des activités lancées seules, avec peu de marge et sans salarié.
Le département a enregistré 27 199 créations d’entreprises en 2024. C’est un rythme élevé: les Alpes-Maritimes affichent 243 créations pour 10 000 habitants, contre 141 dans la France métropolitaine hors Île-de-France. Le renouvellement est lui aussi rapide, avec 205 nouvelles immatriculations pour 1 000 entreprises existantes, contre 194 au niveau national hors Île-de-France. Mais ce dynamisme a une limite claire. Dans le département, 66,8 % des créations relèvent du régime micro-entrepreneur et 98,4 % démarrent sans salarié. Au total, seules 424 entreprises ont ouvert avec au moins un salarié, pour un minimum estimé de 656 emplois créés.
Cela dit beaucoup de la forme prise par l’économie azuréenne. Les créations se concentrent dans des activités où l’on peut se lancer vite et seul: 6 530 dans le commerce, 3 450 dans les services aux entreprises, 3 039 dans la construction et 1 409 dans l’information et la communication. Parmi les activités les plus fréquentes figurent aussi les soins de beauté, la programmation informatique, la vente à distance et la restauration rapide. L’économie locale est active, diverse, parfois inventive. Mais elle reste souvent légère en effectifs et fragile en trésorerie. Sur le papier, le tissu bouge beaucoup. Dans les faits, une grande part des nouvelles entreprises restent des activités d’une seule personne.
La géographie renforce encore ce profil. En 2024, 67,1 % des créations des Alpes-Maritimes ont eu lieu dans les communes urbaines très denses et 27,7 % dans les communes urbaines denses. Autrement dit, près de 95 % des nouvelles entreprises naissent dans le cœur urbain du département. Nice n’est pas seulement la plus grande ville. C’est le centre de gravité d’une économie où l’on ouvre vite, où l’on ferme aussi vite parfois, et où une radiation ne signifie pas toujours faillite: elle peut aussi correspondre à une fermeture volontaire.
Le contraste avec la tendance nationale mérite d’être noté. En 2024, la France a battu un record avec 1 111 200 créations d’entreprises, en hausse de 6 %, dont 716 200 micro-entrepreneurs. Mais la région Provence-Alpes-Côte d’Azur n’a progressé que de 2,9 %, soit la plus faible hausse de France métropolitaine, et les Alpes-Maritimes seulement de 1,4 %. La Côte d’Azur reste donc un territoire où l’envie d’entreprendre est forte. Ce qu’elle produit moins, ce sont des entreprises qui embauchent vite et tiennent assez longtemps pour épaissir réellement l’économie locale. C’est cette faiblesse que le lot du 12 avril laisse entrevoir, bien plus qu’un simple jeu d’ouvertures et de fermetures.