À Valbonne, le projet de parc solaire du Trou de Béget avance avec une promesse simple: produire de l’électricité locale sans mordre sur des terres agricoles. Sur le papier, l’argument tient. Le site est une ancienne décharge communale laissée en friche, que la ville juge impropre au logement, à l’agriculture et à l’accueil du public. Le projet porté avec TSE prévoit 4 424 panneaux, pour une puissance d’environ 3 mégawatts et une production annoncée équivalente à la consommation de 2 000 foyers hors chauffage. La mise en service est visée pour 2027.
Dans les Alpes-Maritimes, le dossier a donc de quoi séduire. Le département manque d’espace, importe une large part de son électricité et reste peu équipé en solaire au regard de son ensoleillement. Trouver un site déjà dégradé paraît presque idéal. C’est d’ailleurs tout le récit public autour du projet: ne pas ouvrir un nouveau front sur des terres agricoles ou naturelles, mais réutiliser un terrain déjà abîmé.
Le point faible du dossier est ailleurs. L’autorité environnementale régionale ne dit pas que le projet est absurde. Elle dit quelque chose de plus embarrassant: le dossier ne démontre pas assez clairement qu’il s’agit bien d’un site sans autre usage crédible, ni que ses effets autour du parc seront limités. Elle pointe aussi un élément très concret: sur une ancienne décharge, l’état des sols et du sous-sol ne peut pas être traité à la légère.
Le vrai débat ne porte donc pas seulement sur les panneaux. Il porte sur tout ce qu’il faut faire autour. Le projet implique aussi du débroussaillement sur une surface bien plus large que l’emprise directe de la centrale. Dans un secteur forestier sensible, connecté aux espaces naturels voisins, cela change la discussion. On ne parle plus seulement d’électricité renouvelable, mais d’un arbitrage entre production, risque incendie, paysages et biodiversité.
C’est exactement le type de conflit qui va se multiplier. En France, le solaire accélère et l’État veut encore changer d’échelle dans les années qui viennent. En théorie, tout le monde s’accorde sur la priorité aux toitures, aux parkings, aux friches et aux terrains déjà artificialisés. En pratique, les centrales au sol restent parmi les moyens les plus efficaces pour produire beaucoup, vite. Et sur la Côte d’Azur, chaque hectare est déjà disputé par autre chose: forêt, habitat, activité économique, protection de la nature, prévention du feu, cadre de vie.
Valbonne pose donc une question plus large que son seul projet. Même lorsqu’un dossier arrive avec de bons arguments, il ne s’installe pas dans le vide. Dans les Alpes-Maritimes, la transition énergétique se heurte à la même règle que le reste: dès qu’un projet prend de la place, il doit prouver deux choses. Ce qu’il apporte. Et pourquoi ce sol-là, précisément.