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Tramways, Écovallée, routes: dans les Alpes-Maritimes, les grands projets entrent en mode foncier

Tramways, Grand Arénas, Menton: plusieurs projets azuréens passent du tracé au foncier, avec parcelles, accès modifiés, indemnisations et travaux.

Illustration - tramway et emprises urbaines

Un grand projet devient réel quand il commence à toucher le sol. Tant qu’il n’y a qu’un tracé, une délibération ou une image de synthèse, on peut encore parler d’intention. Quand arrivent l’enquête publique, la déclaration d’utilité publique, l’enquête parcellaire et, au bout de la chaîne, l’indemnisation, le dossier change de nature. Il ne parle plus seulement de mobilité ou d’aménagement. Il parle de parcelles, d’accès, de nuisances, de délais et d’argent.

C’est exactement ce qui se joue sur la ligne 4 du tramway entre Nice, Saint-Laurent-du-Var et Cagnes-sur-Mer. L’enquête publique s’est tenue à l’été 2023. Depuis mars 2025, les travaux préparatoires ont commencé au sud de la gare de Saint-Laurent-du-Var, avec déconstruction d’un îlot, parking provisoire, futur parc-relais, modifications de circulation et nouveaux cheminements piétons. Le projet a quitté le débat théorique sur la mobilité. Il commence à déplacer des usages très concrets de la voirie et des abords de gare.

La ligne 5 suit la même pente. L’enquête publique s’est déroulée à l’automne 2025 pour cette future ligne entre Nice, La Trinité et Drap. Le détail qui compte n’est pas seulement le nombre de stations ou le tracé. C’est le fait que la Métropole annonce déjà une cellule d’indemnisation et d’accompagnement pour les commerçants, ainsi que des équipes de proximité pour les riverains. À partir de là, le projet n’est plus seulement censé améliorer les déplacements demain. Il commence à organiser la gêne, la compensation et la gestion du présent.

Le même langage s’impose hors tramway. À Nice, pour la zone du Grand Arénas, la préfecture a publié en 2025 l’arrêté déclaratif d’utilité publique et de cessibilité. Le dossier porte sur un morceau majeur de l’ouest niçois, avec environ 325 000 m² de surface de plancher et environ 2 000 logements, dont 30 % de logements sociaux. À Menton, sur le site Jeanne d’Arc dans la vallée du Careï, une enquête parcellaire complémentaire a encore été menée en 2024 pour préciser les biens concernés. Dans les deux cas, le projet avance en serrant le foncier de plus près.

C’est là qu’il faut arrêter de voir le foncier comme une affaire d’experts. C’est la partie la plus concrète du dossier. Elle décide qui vend, qui attend, qui négocie, qui voit son accès modifié, qui subit des travaux devant son commerce, et à quelles conditions tout cela se fait. Elle dit aussi quelque chose de plus large sur la manière dont on fabrique désormais la ville. En France, les grandes infrastructures servent de plus en plus à refaire les quartiers autour d’elles. Le métro du Grand Paris en donne la version géante, avec des opérations immobilières prévues autour des gares sur des terrains acquis pour construire le réseau.

Dans les Alpes-Maritimes, le vrai signal n’est donc plus de savoir si ces projets existent. Ils existent déjà. Le vrai signal, c’est le moment où ils quittent la carte pour entrer dans les plans d’accès, les dossiers de propriété, les arrêtés et les calendriers de travaux. C’est là qu’un grand projet cesse d’être une promesse publique et devient une affaire très privée pour ceux qui vivent, circulent ou travaillent autour.