Quatre procédures collectives publiées le même jour suffisent à rappeler une réalité moins visible que les recrutements de printemps ou les records touristiques. À Nice, elles touchent des métiers très ordinaires de l’économie locale: restauration rapide, hébergement, sécurité privée, bâtiment. Pas de quoi parler d’effondrement. Mais assez pour voir où le tissu économique reste le plus fragile.
Les cas sont parlants. BIRBA, dans l’hébergement, a été placée en redressement judiciaire. BIP BIP PIZZA a été liquidée. CHARPENT’AZUR et GUARDIA PROTECT, déjà en redressement depuis février, ont basculé en liquidation fin mars. Leur point commun, c’est l’exposition. Ce sont des activités qui vivent avec des marges serrées, des coûts de main-d’œuvre élevés, des besoins de recrutement constants et peu de place pour l’erreur.
Le sujet n’est pas que les Alpes-Maritimes s’effondrent. Les chiffres disent plutôt l’inverse. En 2025, Altares a recensé 1 434 ouvertures de redressement ou de liquidation dans le département, contre 1 592 un an plus tôt. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le total a aussi reculé, à 6 329. Mais cette amélioration relative ne change pas le fond du problème: quand la conjoncture se tend, ce sont d’abord les très petites entreprises qui encaissent. En région, près de 94 % des procédures de 2025 concernent des structures de moins de 10 salariés.
C’est logique. Les secteurs les plus exposés dans les Alpes-Maritimes sont aussi parmi les plus présents. Le département compte plus de 9 000 établissements dans l’hébergement-restauration et presque autant dans les travaux de construction spécialisés. En région, la restauration, la construction et les services aux entreprises continuent de concentrer une grosse part des défaillances. Ce sont justement les métiers qui dépendent à la fois des prix, du personnel, des délais, de la saison et du niveau d’activité local.
La Côte d’Azur a beau profiter d’une bonne fréquentation et d’une clientèle étrangère dynamique, cela ne protège pas automatiquement les petites structures. Une saison peut être correcte sans rendre une entreprise solide. Le chiffre d’affaires peut tenir pendant que les charges montent, que l’intérim coûte cher, que les investissements sont repoussés et que la trésorerie se tend. Dans le bâtiment, le tableau n’est pas plus simple. Les volumes ralentissent, certains carnets de commandes se tassent et une partie de la commande publique attend déjà le cycle municipal suivant.
Ce que montrent ces quatre dossiers n’a donc rien d’une exception niçoise. C’est un mécanisme plus large. En 2025, la France a enregistré près de 70 000 défaillances d’entreprises, un niveau record selon Altares. Les Alpes-Maritimes n’échappent pas à ce mouvement. Elles le traduisent à leur manière, dans une économie rapide, attractive, mais souvent plus nerveuse qu’elle n’en a l’air.
C’est tout le paradoxe local. Le département crée beaucoup d’entreprises. Il recrute. Il attire et il tourne vite. Mais cette vitalité n’a rien d’un matelas. Elle produit aussi un marché où l’on entre vite, où l’on tente, où l’on remplace, et où certaines petites structures ne tiennent pas le choc. Sur la Côte d’Azur, le vrai signal n’est pas l’arrêt de la machine. C’est la brutalité du tri pour ceux qui travaillent avec peu de marge.