À Châteauneuf-Grasse, la vraie question n’est plus de savoir s’il faut protéger la terre agricole. La commune dispose déjà d’une zone agricole protégée de 36 hectares, sur les secteurs du Vignal, des Ferrages et de la Fouan. Ce statut sert à empêcher que ces parcelles restent agricoles en théorie mais deviennent, avec le temps, des réserves foncières pour autre chose.
Mais protéger la terre ne suffit pas. Le plus dur est d’éviter qu’elle cesse, malgré tout, d’être cultivée. C’est tout l’enjeu dans ce morceau de territoire pris entre Grasse, Sophia Antipolis et le littoral. Sur le territoire de la communauté d’agglomération Sophia Antipolis, on comptait 330 exploitants agricoles en 2022, 63 porteurs de projet recensés en 2023 et 1 110 hectares classés en zone agricole dans les plans locaux d’urbanisme. Le besoin de préserver existe. Le besoin d’installer existe aussi. La pression immobilière, elle, ne s’est évidemment pas évaporée.
Le signal le plus intéressant est là. Le département essaie de passer de la protection à la production. À Châteauneuf-Grasse, il dispose d’un site de 7,69 hectares au Vignal et a ouvert en 2024 un appel à candidatures sur 1,9 hectare pour du maraîchage ou du fruitier bio. L’objectif affiché est concret: fournir d’abord la restauration collective, notamment les collèges, tout en laissant d’autres débouchés aux producteurs, comme les marchés, les commerces bio, les restaurateurs ou les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne.
C’est là que la bataille foncière devient réelle. Une terre agricole tient moins par les grands discours que par un exploitant, un revenu et des clients. Tant qu’une parcelle reste trop chère, trop morcelée, trop compliquée d’accès ou sans débouché clair, elle reste vulnérable. Même protégée.
Le cas de Châteauneuf-Grasse dépasse donc largement la commune. En France, plus de 227 000 hectares d’espaces naturels, agricoles ou forestiers ont été consommés entre 2012 et 2021. La loi Climat et résilience impose d’en réduire de moitié le rythme entre 2022 et 2031. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, plus de 13 000 hectares ont été consommés sur la même période. Sur la Côte d’Azur, la bataille ne consiste donc pas seulement à dire non au béton. Elle consiste à garder des terres disponibles, transmissibles et réellement productives dans l’une des zones les plus convoitées du pays.
Châteauneuf-Grasse rappelle une évidence que beaucoup de territoires découvrent trop tard: sauver du foncier agricole n’a de sens que si l’on sauve en même temps la possibilité d’y produire.