À Menton, la baie des Sablettes entre dans une nouvelle phase: celle où l’adaptation au risque venu de la mer devient un chantier visible, coûteux et durable. Le programme, porté par la Communauté de la Riviera française et la Ville de Menton avec l’État, la Région Sud et le Département, représente 4,1 millions d’euros hors taxes. Une première phase court de janvier à juin 2026 avec la création d’un ouvrage sous-marin destiné à casser la houle à l’entrée de l’anse nord. Les travaux s’interrompront pendant l’été, puis reprendront d’octobre 2026 à avril 2027 sur le ponton et la plage Hawaï.
Le projet ne consiste pas seulement à construire un ouvrage de défense. Il combine un atténuateur de houle immergé, un apport de sable sur la plage nord et la transformation du tenon central en ponton fixe, avec un objectif simple: mieux faire circuler l’eau et les sédiments, garder une plage praticable et réduire le risque de submersion. Le dossier prévoit aussi un suivi de la turbidité, la protection des herbiers marins, la désartificialisation de certains fonds et une surveillance des cétacés pendant les opérations les plus bruyantes.
Le détail le plus parlant est peut-être le calendrier. Le chantier s’arrête pendant l’été pour ménager la saison touristique. Toute l’équation du littoral méditerranéen est là: protéger ce qui attire, sans casser ce qui fait vivre. Or ces côtes concentrent justement les activités, les logements et les aménagements les plus exposés. Sur le littoral méditerranéen français, la densité humaine et économique rend chaque arbitrage plus tendu: il faut défendre des plages, des promenades, des commerces, des usages quotidiens et une image de carte postale, souvent au même endroit.
Menton n’est donc pas une exception, mais un concentré du problème français. La submersion marine menace déjà une part importante de la population vivant près des côtes, tandis que le recul du trait de côte touche de nombreux secteurs du littoral. La question n’est plus de savoir si le bord de mer devra s’adapter, mais combien cela coûtera, quels usages il faudra défendre en priorité et jusqu’où il sera encore possible de protéger chaque morceau de côte.
Dans les Alpes-Maritimes, cette adaptation prend déjà une forme très concrète. Toujours autour de Menton, une bouée connectée a été installée au large du Cap Martin pour suivre en temps réel la température, la turbidité, l’oxygène dissous ou le pH. Le Borrigo, cours d’eau côtier connu pour ses crues rapides, est désormais surveillé par caméra pour aider les communes à anticiper les alertes et les évacuations. Les Sablettes s’inscrivent dans cette même logique: un littoral moins géré à l’intuition, davantage piloté par des ouvrages, des capteurs et des arbitrages permanents. Sur la Riviera, le front de mer reste un atout. Il devient aussi un espace à défendre, à surveiller et à refaire.