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À Gargenville, la tour de 90 mètres tombe, l'usine a changé

Le 15 octobre, la tour de la cimenterie de Gargenville a été abattue. Un siècle de travail, des carrières contestées et une reconversion qui a réduit les effectifs.

Illustration - Tour industrielle de Gargenville avant démolition

Jeudi 15 octobre, à 11 heures, la tour de préchauffage de la cimenterie Heidelberg Materials de Gargenville s’est effondrée en quelques secondes. Haute de 90 mètres, elle appartenait à l’ancienne ligne de cuisson, arrêtée depuis 2021. Quelques anciens salariés étaient présents pour assister à sa démolition, selon l’entreprise Localitech, invitée sur le site pour filmer l’opération par drone.

Ce morceau de béton avait une histoire bien plus longue que sa chute. Pendant un siècle, la cimenterie a fait travailler des générations d’ouvriers dans la vallée de la Seine. Et si l’usine n’a pas fermé, elle ne fabrique plus le ciment comme autrefois.

Des générations d’ouvriers et des carrières sous les pieds

En 2014, d’anciens salariés avaient organisé une exposition de photographies retraçant l’histoire de la cimenterie. On y découvrait notamment des ouvriers creusant encore à la main dans les années 1950. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’établissement employait 590 personnes.

Mise en service en 1921 par la société Poliet et Chausson, l’usine exploitait d’abord la craie de Juziers, puis le calcaire de Guitrancourt. Ce dernier parcourait 2,4 kilomètres sur un convoyeur souterrain avant d’atteindre Gargenville. La pierre était ensuite chauffée dans un four pour produire du clinker, ingrédient principal du ciment.

Mais lorsque la carrière de Guitrancourt arrivait à épuisement, l’avenir du site est devenu un sujet de conflit. HeidelbergCement, devenu Heidelberg Materials, souhaitait ouvrir une nouvelle carrière de 105 hectares à Brueil-en-Vexin, à moins de 500 mètres des premières habitations. Des associations et des communes voisines combattaient ce projet, tandis que les salariés redoutaient pour leur emploi.

En janvier 2020, une grève mobilisait une grande partie du personnel. « Nous ce qu’on veut c’est des réponses pour l’avenir de Gargenville », déclarait alors Pascal Petit, représentant CGT, à La Gazette en Yvelines. La question dépassait la carrière : que deviendraient les ouvriers si le groupe renonçait à extraire la pierre ?

L’usine est restée, une partie des emplois non

En novembre 2020, HeidelbergCement a finalement abandonné son projet de carrière, après de multiples recours. La direction annonçait la transformation de Gargenville en centre de broyage, avec un projet de suppression de 58 postes sur les 87 recensés deux mois plus tôt.

Le four a été arrêté en 2021 et la reconversion achevée en 2022. En mars 2024, Heidelberg Materials indiquait employer 37 personnes sur le site. Cette même année, Gargenville était de nouveau intégré à un plan de sauvegarde de l’emploi, dans le cadre d’une réorganisation de plusieurs établissements du groupe.

La fabrication a changé. Auparavant, la pierre locale était chauffée pour produire le clinker. Désormais, celui-ci est fabriqué ailleurs, puis acheminé à Gargenville pour être broyé en ciment. Un rapport d’inspection de l’État publié en décembre 2025 précise que cet approvisionnement se faisait alors par la route.

En 2019, Gargenville était le troisième établissement industriel le plus émetteur de gaz à effet de serre

Sources consultées
  1. LocalitechDémolition de la cimenterie de Gargenville : la tour de 90 mètres filmée par notre drone
  2. Le ParisienUn siècle d'histoire de la cimenterie Calcia raconté en photos
  3. Temps Réel 78Calcia renonce à son projet de carrière, la cimenterie convertie
  4. Heidelberg MaterialsCimenterie de Gargenville
  5. DRIEAT Île-de-FranceRapport d'inspection du 20 octobre 2025, publié le 1er décembre 2025
  6. L'Institut Paris Region, ARECConcilier décarbonation et maintien de l'activité : enjeux et perspectives pour l'industrie francilienne