
À la maternité de Poissy, certains placentas recueillis après une césarienne rejoignent un laboratoire de Montigny-le-Bretonneux. Les chercheurs peuvent y faire circuler un médicament du côté maternel et mesurer ce qui passe vers le circuit fœtal. C’est une manière d’étudier directement sur un placenta humain une question que la grossesse rend particulièrement difficile à explorer : que devient un traitement anticancéreux entre la mère et le fœtus ?
L’UVSQ a remis ce travail en lumière le 2 octobre, mais le projet CARGO n’est pas une découverte de cet automne. Il figurait déjà parmi les projets scientifiques retenus par l’Université Paris-Saclay en 2023. Depuis janvier 2026, ces recherches s’inscrivent notamment dans la nouvelle unité Inserm-UVSQ IMPROVE, installée à Montigny-le-Bretonneux.
Un cancer est diagnostiqué pendant environ une grossesse sur mille. Pour certains médicaments, les médecins disposent déjà de données permettant un traitement à certaines étapes de la grossesse. Pour beaucoup de molécules plus récentes, les connaissances sur leur passage à travers le placenta restent beaucoup plus limitées. Une revue scientifique consacrée au sujet souligne précisément la difficulté de prédire ce transfert et l’intérêt des modèles précliniques.
La plateforme PERF@PLAC utilise pour cela un cotylédon, une unité fonctionnelle du placenta. Maintenu ex vivo, il est raccordé à deux circuits distincts reproduisant les circulations maternelle et fœtale. Le médicament est introduit du côté maternel ; sa présence peut ensuite être mesurée de l’autre côté et dans le tissu placentaire. La plateforme peut ainsi étudier aussi bien des molécules thérapeutiques que d’autres composés susceptibles de traverser le placenta.
Cette méthode a déjà fourni autre chose qu’une preuve de fonctionnement. Une étude présentée en 2024 puis publiée en 2025 a examiné deux thérapies ciblées utilisées contre certains mélanomes, le trametinib et le dabrafenib. Onze placentas ont été étudiés avec le premier, douze avec le second. Dans ce modèle, le taux de transfert vers le circuit fœtal atteignait 8,6 % pour le trametinib et 14,9 % pour le dabrafenib. La publication conclut que les deux molécules franchissent la barrière placentaire.
Ces chiffres ne donnent pas directement la dose qu’un fœtus recevrait lors d’un traitement réel. Les expériences sont menées après l’accouchement, sur des placentas arrivés à terme, dans des conditions contrôlées. Elles ne reproduisent donc ni toute une grossesse ni les différences entre ses trimestres. Elles apportent en revanche une donnée humaine difficile à obtenir autrement : une molécule traverse-t-elle le placenta, dans quelle proportion, et comment le tissu placentaire y réagit-il ?
CARGO relie ainsi la maternité de Poissy, où sont recueillis les placentas, à une plateforme expérimentale à Montigny-le-Bretonneux. Pendant quelques heures après l’accouchement, un organe normalement destiné à être éliminé devient un outil pour documenter le passage de médicaments entre les circulations maternelle et fœtale.
Sources consultées
- UVSQ, UFR Simone Veil-SantéProjet CARGO : traiter le cancer pendant la grossesse
- UFR Simone Veil-Santé, UVSQPlateforme PERF@PLAC
- UVSQLaboratoire IMPROVE
- American Journal of Obstetrics and GynecologyEvaluation of transplacental transfer of cancer therapies in melanoma via the perfused human placental model
- Journal of the American Academy of Dermatology / PubMedMelanoma targeted therapies dabrafenib and trametinib cross the placental barrier in ex vivo human placental perfusions
- PubMedCancer during Pregnancy: A Review of Preclinical and Clinical Transplacental Transfer of Anticancer Agents