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À Conflans, la chasse au moustique tigre passe du jardin aux mâles stériles

Conflans veut déployer des moustiques mâles stériles. Une méthode éprouvée sur la reproduction, mais qui exige des lâchers massifs et répétés.

Illustration - moustiques stériles à Conflans

Depuis juin, Conflans-Sainte-Honorine aide ses habitants à acheter des pièges contre le moustique tigre. La Ville veut désormais changer d’échelle: elle a décidé de travailler avec Terratis pour déployer des mâles stériles et agir directement sur la reproduction de la population locale. Elle se présente comme la première commune d’Île-de-France à adopter cette technique.

La première stratégie reposait largement sur les jardins. La commune rembourse 50 % du prix de certains pièges, dans la limite de 90 euros par adresse, avec un objectif d’environ 500 foyers. Au 24 août, 266 Conflanais avaient bénéficié de l’aide. Les habitants peuvent toujours demander la participation financière pour l’achat d’un piège. La technique de l’insecte stérile, ou TIS, cherche cette fois à réduire la reproduction sur un secteur entier.

Le mécanisme est simple. Des mâles d’Aedes albopictus sont élevés puis stérilisés par irradiation. Ils ne piquent pas, mais continuent à s’accoupler avec les femelles sauvages. Les œufs issus de ces accouplements n’éclosent pas. Pour que cela réduise réellement la génération suivante, les mâles stériles doivent toutefois être beaucoup plus nombreux que leurs concurrents sauvages.

Un essai mené à La Réunion donne la mesure de l’effort. De juillet 2021 à septembre 2022, plus de dix millions de mâles ont été relâchés sur seulement 20 hectares, à raison de 60 000 à 275 000 par semaine. Selon les périodes, les chercheurs comptaient de six à dix-huit mâles stériles pour un mâle sauvage. La viabilité des œufs a diminué de 61,5 % par rapport au site témoin; l’étude publiée en 2026 rapporte également une baisse de 60,4 % de l’abondance des femelles par rapport au niveau initial.

Ce résultat renforce la preuve de concept sans régler toutes les questions. Dans son expertise collective finalisée en 2025, donc avant la publication de cet essai, l’Anses jugeait « avéré » l’effet de la TIS sur l’éclosion des œufs d’Aedes albopictus, mais seulement « possible » son effet sur le nombre de femelles. Elle relevait aussi l’absence d’études permettant alors de mesurer une réduction des cas de dengue, de chikungunya ou d’autres arboviroses grâce à cette seule technique.

Terratis se trouve précisément au passage entre expérimentation et déploiement. À Montpellier, l’entreprise mène depuis août 2025 ce que l’IRD qualifie de premier pilote préindustriel européen, avec 3 000 mâles stériles relâchés par hectare et par semaine dans le quartier Malbosc. Leur effet sur les populations de moustiques y fait l’objet d’un suivi scientifique piloté par l’IRD.

Conflans adopte donc la méthode alors qu’elle commence à être testée à une échelle plus proche de celle d’une ville. En 2025, 82 % des Franciliens vivaient déjà dans une commune colonisée par le moustique tigre, contre 68 % un an plus tôt.

La Ville n’a pas encore publié le périmètre qui sera traité avec Terratis, le nombre de mâles prévu, leur fréquence de lâcher, le calendrier ni le coût du dispositif. Pour cette technologie, ces paramètres détermineront si Conflans mène un essai limité ou cherche à réduire durablement la population de moustiques sur une partie de la commune.

Sources consultées
  1. Ville de Conflans-Sainte-HonorineLutte contre le moustique-tigre : Conflans s'engage avec la première entreprise Française spécialisée
  2. Cécile Brengues et al., International Journal of Infectious DiseasesSterile insect technique for suppression of endemic Aedes albopictus in urban Reunion Island: A pilot trial of technical feasibility and entomological impact
  3. AnsesÉvaluation de l’efficacité des techniques de lutte antivectorielle utilisant des lâchers de moustiques : TIS, TII et technique de remplacement
  4. Institut de recherche pour le développementTERRATIS : la start-up montpelliéraine stérilise les moustiques tigres pour protéger la population
  5. Santé publique FranceSurveillance sanitaire en Ile-de-France. Bulletin du 30 septembre 2026