
Ce week-end à Versailles, une partie des fruits et légumes vendus au marché des Saveurs aura poussé sur place, derrière les murs du Potager du Roi. Les 3 et 4 octobre, les jardiniers et le personnel tiendront leur propre stand de récoltes fraîches ou préparées. Ces neuf hectares ont gardé une fonction beaucoup plus terre à terre : on y cultive toujours pour produire.
C’est exactement ce que Jean-Baptiste de La Quintinie avait été chargé de faire. Né il y a 400 ans, le jardinier de Louis XIV conçoit entre 1678 et 1683 un potager destiné à la table royale. Le dessin du lieu reste immédiatement lisible aujourd’hui : un bassin central, seize carrés de légumes bordés de poiriers, des jardins fruitiers protégés par de hauts murs et des arbres conduits en espalier. La Quintinie y travaillait déjà sur les expositions, les abris et les cultures forcées pour obtenir certaines récoltes hors saison.
Le décor historique n’a donc jamais complètement avalé le métier. Le Potager est aujourd’hui entretenu par une dizaine de jardiniers spécialisés notamment en horticulture, arboriculture fruitière et maraîchage. Il conserve des variétés fruitières rares, des légumes anciens et nouveaux et un savoir-faire particulièrement visible dans les formes données aux arbres fruitiers. Depuis l’installation de l’École nationale d’horticulture en 1874, le lieu est aussi resté un terrain d’enseignement et d’expérimentation.
Cette continuité n’empêche pas le jardin de changer. Un vaste renouvellement du patrimoine fruitier est en cours : plus de 6 500 arbres fruitiers doivent être plantés d’ici 2034, notamment pour remplacer la moitié des 3 500 arbres devenus sénescents. Les nouveaux vergers doivent préserver plus de 70 formes fruitières dirigées héritées des siècles passés, tout en intégrant pêchers, abricotiers, kiwis ou vignes choisis aussi pour leur capacité à mieux affronter les conditions climatiques futures.
Les Saveurs du Potager ouvrent précisément cette activité au public. Le rendez-vous existe chaque premier week-end d’octobre depuis 1993 et attire habituellement, selon les organisateurs, près de 5 000 personnes. Pour le quatrième centenaire de La Quintinie, visites historiques et gustatives, cuisine et déambulations dans le jardin complètent le marché.
Le marché est accessible gratuitement samedi et dimanche de 10 h à 18 h. L’accès aux jardins et aux animations est proposé à partir de 5 €. Les visiteurs peuvent réserver l’accès aux jardins et aux animations.
À quatre siècles de La Quintinie, l’histoire du Potager continue ainsi de s’écrire dans des poiriers palissés, des carrés de légumes et des arbres qu’il faut encore planter, tailler, puis attendre plusieurs années avant de récolter.