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À Carrières-sous-Poissy, 72 hectares pour tester les crédits biodiversité

Première en Île-de-France, 71,9 hectares de la Boucle de Chanteloup pourraient produire 718 unités de restauration et de renaturation.

Illustration - Plaine restaurée de Chanteloup

À Carrières-sous-Poissy, 71,9 hectares du Cœur vert de la Boucle de Chanteloup pourraient devenir le premier site France Crédits Biodiversité agréé en Île-de-France. Le GIP Seine & Yvelines Environnement demande à l’État d’autoriser la production de 718 unités de restauration et de renaturation sur ce secteur. L’agrément n’est pas encore accordé.

La plaine porte plusieurs décennies de dégradation. Les épandages anciens de boues d’épuration ont contaminé les sols en éléments métalliques et conduit, en 2000, à interdire la production et la commercialisation de légumes et de plantes aromatiques. Des cultures alternatives de sorgho ou de miscanthus ont ensuite été testées puis abandonnées. Les dépôts sauvages ont culminé avec la « mer des déchets » : le porteur du projet estime qu’elle a dépassé 10 000 tonnes sur une trentaine d’hectares ; le conseil scientifique régional indique que 9 000 tonnes ont déjà été enlevées. L’opération de nettoyage a coûté environ 5,2 millions d’euros.

Le projet actuel consiste à financer une restauration durable plutôt qu’un simple nettoyage. Pelouses sèches, prairies, haies, vergers et bosquets doivent être restaurés ou recréés en trois phases jusqu’en 2032, puis entretenus pendant au moins trente ans. Le suivi des dernières parcelles se prolongerait ainsi jusqu’en 2061. Le budget provisoire atteint 5,01 millions d’euros HT pour les travaux et 4,43 millions pour la gestion, soit 9,44 millions déjà chiffrés, auxquels s’ajoutent notamment le foncier, les garanties et les coûts de structuration.

Le mécanisme repose sur 718 unités de compensation, de restauration et de renaturation. Chacune correspond à 0,1 hectare d’habitat restauré, renaturé ou maintenu au niveau écologique prévu. Elles pourront être achetées par des aménageurs ayant des obligations de compensation, mais aussi par des acteurs souhaitant financer volontairement de la restauration. Le modèle national, créé par la loi Industrie verte et désormais baptisé France Crédits Biodiversité, cherche ainsi à préparer de grandes opérations écologiques à l’avance plutôt qu’à trouver une compensation séparée pour chaque projet.

Cela ne transforme pas pour autant les 718 unités en 718 permissions de construire. Pour un projet soumis à compensation, l’administration doit encore vérifier que les milieux restaurés correspondent réellement aux habitats, espèces et fonctions écologiques détruits. Le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel a rendu un avis favorable au projet de Chanteloup, tout en demandant que ce contrôle reste strict afin que la compensation « par l’offre » ne facilite pas l’artificialisation. Les gains annoncés devront aussi être confirmés sur le terrain, une partie des prévisions reposant aujourd’hui sur des modèles écologiques.

Cette réserve est particulièrement locale. Le même conseil estime que les 72 hectares ne suffiront pas à reconnecter la forêt de l’Hautil au Parc du Peuple de l’Herbe. Il pointe un territoire déjà fragmenté par la liaison RD22-RD55 et appelé à l’être davantage par celle entre les RD30 et RD190. Il recommande d’intégrer les 200 hectares restants de l’ancienne plaine maraîchère pour atteindre cette continuité écologique.

Le financement prévu repose en partie sur la vente de ces unités. Mais le dossier publié ne donne pas leur prix, alors même que leurs recettes doivent contribuer au financement du site. Ce chiffre sera décisif pour savoir jusqu’où le modèle peut réellement porter les décennies de travaux et d’entretien prévues.

À Carrières-sous-Poissy, l’expérience en est encore au stade de l’autorisation. Les habitants peuvent participer à la consultation publique jusqu’au 29 septembre. Ensuite viendra la décision sur l’agrément de ces premiers 71,9 hectares.

Sources consultées
  1. DRIEAT Île-de-FranceConsultation du public sur le projet d’agréer le site France Crédits Biodiversité à Carrières-sous-Poissy (78)
  2. GIP Seine & Yvelines EnvironnementRésumé non technique de la demande d’agrément SNCRR – Cœur vert de la Boucle de Chanteloup
  3. Conseil scientifique régional du patrimoine naturel d’Île-de-FranceAvis sur la demande d’agrément du SNCRR Cœur vert de la Boucle de Chanteloup
  4. Ministère de la Transition écologiqueSites France Crédits Biodiversité