
Les Yvelines savent déjà faire rouler des navettes sans conducteur. À Satory puis à Saint-Quentin-en-Yvelines, plusieurs générations de véhicules autonomes ont circulé avec des passagers. Le projet annoncé le 10 septembre par Île-de-France Mobilités pose une difficulté différente : transformer ces expériences en un service capable de fonctionner comme un morceau ordinaire du réseau de transports.
Île-de-France Mobilités prévoit les premiers véhicules en circulation début 2028, une vingtaine de minibus ou de minicars autonomes pendant la phase pilote, puis plus de 100 véhicules à l’horizon 2030. Le budget pourrait atteindre 20 millions d’euros par an. Ces véhicules compléteraient les transports existants sur des lignes peu fréquentées, dans les zones moins denses, en heures creuses ou en soirée. Versailles Grand Parc et Saint-Quentin-en-Yvelines sont cités avec Paris-Saclay pour les premiers déploiements, mais le territoire retenu, les lignes, les opérateurs et le matériel ne sont pas encore choisis.
Les Yvelines ont déjà accumulé plusieurs expérimentations. À Satory, deux navettes EasyMile mises en service fin 2018 sur route ouverte avaient parcouru 10 463 kilomètres et transporté 4 533 passagers au bout d’un an. Début 2021, Île-de-France Mobilités lançait ensuite à Saint-Quentin-en-Yvelines la ligne 490 : trois navettes autonomes sur 1,6 kilomètre entre la gare et le Pas-du-Lac, au milieu de la circulation générale. L’expérimentation s’est achevée en juin 2022.
Depuis le 3 novembre 2025, SQY teste une autre formule avec SQY Flex, un transport à la demande desservant une vingtaine d’arrêts entre Montigny-le-Bretonneux et Guyancourt. Le service est opéré par Milla Group. À Buc, l’entreprise conçoit et fabrique des navettes autonomes, tandis que VEDECOM travaille à Satory sur la conduite automatisée et les systèmes de mobilité. Le même savoir-faire yvelinois apparaît aussi dans les expérimentations de circulation connectée menées sur la RD190.
Cette accumulation d’essais ne règle pourtant pas le problème industriel. Île-de-France Mobilités souligne qu’il n’existe toujours pas en France de navette de transport collectif autonome produite en série. Son programme prévoit d’associer un logiciel de conduite autonome à un véhicule de base européen, avec un centre de supervision à distance. Faire fonctionner un prototype sur un parcours connu est une chose. Exploiter quotidiennement une flotte suppose aussi de gérer les pannes, la maintenance, les incidents, la supervision et la régularité du service.
C’est ce que 2028 devra démontrer. Si Versailles Grand Parc ou Saint-Quentin-en-Yvelines est retenu, le test ne consistera plus à prouver qu’une navette sait parcourir quelques kilomètres seule. Il faudra vérifier qu’elle peut devenir, aux heures creuses ou sur une desserte locale, un véhicule que l’on attend simplement à son arrêt.
Sources consultées
- Île-de-France MobilitésÎle-de-France Mobilités lance le premier projet régional de transport collectif autonome
- VEDECOMLes navettes autonomes de VEDECOM célèbrent leur 1 an
- Île-de-France MobilitésÎle-de-France Mobilités lance une nouvelle ligne équipée à 100% de navettes autonomes à Saint-Quentin-en-Yvelines
- Saint-Quentin-en-YvelinesDécouvrez les transports de demain de SQY
- MILLA GroupÀ propos