
Sur la terrasse intermédiaire de la place du Général-Leclerc, face à l’hôtel de ville de Conflans-Sainte-Honorine, cinq tilleuls occupent l’emplacement que le projet immobilier prévoit de transformer. Un rassemblement organisé le 1er août a remis leur sort au centre du débat, au moment où l’opération entre dans sa phase commerciale.
Le permis accordé à Interconstruction en 2021 autorise trois bâtiments comprenant 36 logements, un pôle de santé de 936 m², 588 m² de commerces et de restauration, ainsi que du stationnement public et privé. Le parking public souterrain était alors estimé à 95 places, auxquelles devaient s’ajouter 38 places privées pour les logements.
La version désormais commercialisée sous le nom « Les Terrasses de l’Hôtel de Ville » présente 30 appartements et une livraison en décembre 2028. La page municipale continue d’annoncer 36 logements, sans préciser ce qui explique l’écart avec les 30 appartements mis en vente. Le coût global de l’opération n’a pas été rendu public.
Le projet ne se résume pas à une résidence privée. Il doit accueillir le centre municipal de santé Joseph-Bellanger dans des locaux plus vastes, installer des commerces et une brasserie, enfouir une partie du stationnement et remplacer deux parkings en terrasses par des espaces publics étagés. L’ancien cinéma et les anciens bains-douches, aujourd’hui désaffectés, se trouvent également dans son emprise.
Tous ces usages doivent tenir sur le même terrain en pente et dans la même autorisation d’urbanisme. Bâtiments, parking, accès et places publiques dépendent donc les uns des autres. Les tilleuls ne sont pas posés sur une bordure que l’on pourrait déplacer sur un plan : ils occupent précisément le palier intermédiaire que le permis prévoit de supprimer.
Le permis a finalement résisté à l’essentiel des recours. En 2023, le Conseil d’État avait rouvert le dossier en reconnaissant à une association environnementale le droit de le contester, puisque l’opération prévoyait l’abattage de plusieurs arbres de haute tige. En octobre 2024, le tribunal administratif a ensuite écarté les griefs portant sur le volume des bâtiments, leur insertion, les plantations et les parkings. Il n’a censuré qu’un défaut concernant les équipements de recharge électrique, régularisable par un permis modificatif. La Ville indique que le dernier pourvoi des associations a été rejeté fin 2025.
La légalité du programme ne tranche cependant pas l’opportunité de conserver des arbres adultes. Les associations les présentent comme centenaires, sans qu’une expertise publique permette de confirmer leur âge, leur état ou leur capacité à supporter un déplacement. Interrogée par Le Parisien, la mairie affirme étudier leur transplantation, mais aucun diagnostic arboricole ni site d’accueil n’a été rendu public.
Le programme répond à des besoins identifiables : agrandir le centre de santé, réoccuper des bâtiments délaissés et réorganiser une place dominée par les voitures. Mais le sort des arbres n’est publiquement réexaminé que très tard. Sept ans après la présentation du projet, leur conservation est discutée alors que le permis a résisté aux recours et que les logements sont déjà en vente. Pour l’instant, les cinq tilleuls occupent toujours le palier intermédiaire que le futur aménagement doit précisément remodeler.
Sources consultées
- Ville de Conflans-Sainte-HonorineLe centre-ville
- Conseil d’État, LégifranceDécision n° 464454 du 18 décembre 2023
- Tribunal administratif de Versailles, reproduction Pappers JusticeJugement n° 2310651 du 16 octobre 2024
- InterconstructionLes Terrasses de l’Hôtel de Ville
- Le Parisien« Ces tilleuls, c’est la dernière chose à sauver » : à Conflans, cinq arbres centenaires menacés par un projet immobilier