
Dans son cabinet de curiosités, installé dans une cabane au fond d’un jardin de Rambouillet, Jennifer Vaillant conserve sous verre ce que l’on jette habituellement. Des cheveux forment une fleur ou une initiale. Des poils de chien dessinent de petits coussinets, parfois sur un fond réalisé avec les cendres de l’animal.
Depuis 2023, la fondatrice de Maison Vaillant crée sur commande des cadres, des globes et des bijoux avec des cheveux humains ou des matières animales. Les mèches peuvent être collées à plat puis découpées, tressées, mises en volume ou enroulées autour d’un fil métallique. Réduites en poudre, elles produisent aussi une teinte brune proche du sépia. Certaines compositions sont protégées par du verre, que l’artisane découpe elle-même, d’autres sont placées sous résine.
Jennifer Vaillant a d’abord abordé ces objets en collectionneuse. Elle raconte avoir voulu restaurer des ouvrages anciens abîmés, puis s’être heurtée au manque de documentation sur leurs techniques. Elle dit avoir consacré plus de deux ans aux recherches dans les archives et aux expérimentations nécessaires pour retrouver plusieurs gestes, notamment le travail « en palette », où les cheveux sont disposés en aplats pour composer un motif.
Ces tableaux ont aujourd’hui l’apparence de curiosités funèbres. Au XIXe siècle, ils appartenaient pourtant à un artisanat organisé. Le ministère de la Culture conserve la trace d’une œuvre réalisée à Lunéville avec les cheveux de plusieurs membres de la famille du cardinal Mathieu. Au revers, chaque personne est associée à une partie du décor, du saule pleureur aux pensées. Son auteur, Fromont, se présentait comme « coiffeur et peintre en cheveux ».
Une planche éditée après 1880, aujourd’hui conservée au Mucem, confirme que ce travail avait ses modèles et ses spécialistes : elle reprend les créations de Firmin Giry, « artiste dessinateur et tresseur en cheveux ».
À Rambouillet, Jennifer Vaillant applique ces gestes à des souvenirs humains comme animaux. Elle propose de travailler avec des poils, des moustaches, une dent, une griffe ou des cendres. Chaque pièce est conçue selon la matière conservée et la forme souhaitée.
Chez Maison Vaillant, l’ancien art du souvenir familial sert ainsi aussi à conserver une trace d’un animal de compagnie. Ces pièces ne reproduisent pas l’apparence de l’être absent : elles en préservent une matière.
Au fond de son jardin de Rambouillet, Jennifer Vaillant poursuit ses recherches. Sur sa table, quelques mèches sont découpées en pétales puis fixées sous une plaque de verre.