
Au 39 rue de la Grande-Fontaine, Saint-Augustin est aujourd’hui un collège-lycée sous tutelle du diocèse de Versailles. Les témoignages d’anciens élèves renvoient pourtant à une période où l’établissement relevait des Frères des Écoles chrétiennes : l’association Mémoire Vérité Reconnaissance recueille des récits accusant des religieux et des personnels laïcs de violences physiques, psychologiques et sexuelles.
Dans un communiqué du 25 mars, MVR réunit Saint-Augustin et Passy-Buzenval, à Rueil-Malmaison, dans un même dossier couvrant les années 1960 à 1995. L’association dit avoir recueilli les témoignages de 25 victimes et identifié 22 personnes mises en cause, dont dix pour des violences sexuelles, pour les deux établissements réunis. Elle affirme aussi que plusieurs personnes ont exercé successivement sur les deux sites et réclame l’ouverture des archives afin de reconstituer les affectations et la chaîne hiérarchique.
Le 24 juillet, les Frères des Écoles chrétiennes ont demandé pardon aux victimes. La congrégation indique que 83 personnes se sont adressées à sa cellule d’écoute depuis 2014. Elle demande désormais à sa nouvelle équipe provinciale de confier une étude à une commission ad hoc dont aucun frère ne sera membre, pour comprendre comment certains religieux ont pu agresser des élèves impunément et parfois récidiver. Le communiqué ne cite toutefois aucun établissement en particulier.
À Saint-Germain-en-Laye, cette annonce met au jour une difficulté propre aux institutions qui changent de tutelle. La Direction diocésaine recense désormais Saint-Augustin sous tutelle diocésaine. L’autorité qui exerce aujourd’hui cette tutelle n’est donc pas celle dont relevaient les personnes visées par les témoignages anciens.
Les documents susceptibles d’éclairer cette période ne sont pas nécessairement restés dans l’établissement. Le service des Archives lasalliennes, installé à Lyon, dit conserver environ 3,5 kilomètres linéaires de documents provenant de la congrégation et de son réseau. Son site ne précise pas quels documents relatifs à Saint-Augustin il conserve, et le communiqué du 24 juillet ne dit pas encore à quelles archives la commission pourra accéder.
La congrégation précise qu’aucun frère ne siègera dans la commission. Cette règle ne suffit pas, à elle seule, à établir son indépendance : sa composition, sa présidence, son calendrier et les conditions de publication de ses conclusions ne sont pas encore connus.
La congrégation annonce ainsi un examen plus large que l’écoute et la réparation des situations individuelles. Elle reconnaît la nécessité d’étudier les mécanismes ayant permis l’impunité et les récidives. La portée de cette promesse dépendra de la possibilité de confronter les témoignages aux dossiers d’affectation, aux alertes éventuelles et aux décisions hiérarchiques concernant Saint-Augustin, rue de la Grande-Fontaine.
Sources consultées
- Association MVR, Mémoire Vérité ReconnaissanceRévélations sur un système de prédation institutionnalisé à Passy-Buzenval et Saint-Augustin, 1960-1995
- Frères des Écoles chrétiennes, District de France et d’Europe francophoneReconnaissance et demande de pardon
- Direction diocésaine de l’enseignement catholique des YvelinesSaint-Augustin
- La Salle FranceService des Archives lasalliennes