
Cyllene Therapeutics, l’ancienne EG 427, a annoncé une levée de Série C de 33 millions d’euros. L’entreprise est aujourd’hui parisienne, mais son candidat EG110A prolonge le projet Elpis, né de travaux associant END-ICAP, l’UVSQ, l’Inserm, Paris-Saclay et l’AP-HP. La levée doit financer la suite clinique de ce traitement expérimental contre l’hyperactivité neurogène du détrusor, un trouble de la vessie souvent lié aux lésions de la moelle épinière.
Pour les patients concernés, le sujet n’a rien d’un confort secondaire. La vessie se contracte au mauvais moment, provoque des fuites, oblige parfois à des autosondages réguliers et peut exposer à des infections ou à des pressions dangereuses pour l’appareil urinaire. Les recommandations européennes placent déjà les médicaments, le sondage intermittent et les injections de toxine botulinique parmi les réponses disponibles. Les injections de Botox dans le détrusor sont reconnues comme efficaces quand les antimuscariniques échouent, mais leur effet reste réversible, avec des injections à répéter et des risques comme infections urinaires ou rétention.
EG110A essaie de déplacer ce verrou. Le produit utilise un vecteur dérivé du virus de l’herpès simplex de type 1, rendu non réplicatif, pour transporter la séquence de la chaîne légère de la toxine botulinique F. Injecté dans le détrusor, il est conçu pour atteindre des fibres sensorielles, remonter vers les ganglions de la racine dorsale et réduire l’activité de neurones sensoriels de type C, impliqués dans les contractions involontaires. L’ambition n’est pas de bloquer toute la vessie, mais de calmer une partie du signal nerveux qui la déclenche trop tôt.
À Montigny-le-Bretonneux, le lien passe par END-ICAP. Cette unité UVSQ et Inserm, installée à l’UFR Simone-Veil Santé, travaille sur les conséquences motrices, respiratoires et urogénito-sexuelles des maladies neuromusculaires. Le projet Elpis, mené par François Giuliano, Pierre Denys et Alberto Epstein, y est présenté par Paris-Saclay comme l’origine de la technologie. Soutenu en maturation par la SATT Paris-Saclay en 2016, il a mené à des études précliniques, à un brevet puis à une licence prise par l’industriel Philippe Chambon avant la création d’EG 427.
Les 33 millions d’euros ne transforment pas encore EG110A en médicament disponible. Ils financent une étape plus dure : aborder une validation clinique plus exigeante sur la dose, la sécurité, l’efficacité et la durée d’effet. L’essai américain de phase 1b/2a prévoit 16 adultes atteints d’incontinence liée à une hyperactivité neurogène du détrusor après lésion médullaire. EG 427 a annoncé en octobre 2025 une baisse de plus de 88 % des épisodes d’incontinence à 12 semaines dans la cohorte à faible dose; l’entreprise prévoit une phase 2b/3 en 2027. Aucune publication clinique indépendante complète n’a encore été trouvée pour ces résultats humains.
Pour les Yvelines, l’intérêt de cette levée n’est donc pas de revendiquer une biotech installée ailleurs. Le fait local est plus net : une compétence de neuro-urologie et de biothérapie, travaillée à Montigny-le-Bretonneux, a produit une piste assez avancée pour attirer de nouveaux investisseurs internationaux et aborder une validation clinique plus large. La suite se jouera dans des centres américains; la racine reste à l’UFR Simone-Veil Santé, dans cette idée exigeante : parler à un nerf sans éteindre toute la vessie.
Sources consultées
- UVSQCyllene Therapeutics (anciennement EG427) lève 33 millions d’euros
- Université Paris-SaclayEG427: treating neurogenic bladder with precision gene therapy
- FilnemusHandicap Neuromusculaire : Physiopathologie, Biothérapie et Pharmacologie appliquées END-ICAP - UMR 1179
- European Association of UrologyEAU Guidelines on Neuro-urology
- International Continence SocietyEG110A, a novel non-replicative HSV1-derived vector expressing the light chain of botulinum toxin F, shows dose-dependent efficacy in an acute intravesical capsaicin rat model
- EG 427EG 427 Announces Compelling Initial Topline Clinical Results with EG110A DNA Medicine in Neurogenic Bladder Patients