À Montigny-le-Bretonneux, le Laboratoire anthropologie, archéologie, biologie de l’UVSQ publie un résultat net sur une question qui traîne depuis des décennies autour de Napoléon : non, les sols de Sainte-Hélène ne semblent pas l’avoir empoisonné à l’arsenic.
L’étude, disponible en ligne le 28 juin 2026 dans les Annales Pharmaceutiques Françaises, porte un titre sans suspense inutile : No evidence of significant natural environmental exposure to arsenic for Napoleon I on the island of Saint Helena (1815-1821). Menée notamment par Philippe Charlier, directeur du LAAB, et par J. Poupon, elle repose sur 70 analyses multi-élémentaires par ICP-MS, une méthode capable de mesurer de très faibles concentrations de métaux dans un échantillon. Vingt prélèvements de sédiments ont été examinés dans des lieux liés au séjour de Napoléon sur l’île entre 1815 et 1821.
Le résultat dégonfle une hypothèse séduisante : les chercheurs ne trouvent pas d’indice d’un risque sanitaire significatif lié à une exposition naturelle à l’arsenic. Les prélèvements des Briars font exception, mais l’équipe les interprète comme pouvant correspondre à une contamination semi-récente venue d’une zone de déchets. Pour les lieux de vie de Napoléon, l’étude pointe plutôt une possible exposition au plomb et au manganèse, notamment en lien avec les conduites d’eau reliant la source de Diana’s Peak à Longwood House.
Ce n’est pas un détail de querelle napoléonienne. Depuis les années 1960, la présence d’arsenic dans des cheveux attribués à l’empereur a alimenté les scénarios d’empoisonnement, volontaire ou environnemental. Des travaux médicaux récents continuent pourtant de faire du cancer gastrique avancé l’explication la plus solide de sa mort. La nouvelle étude ferme une porte précise : la terre de Sainte-Hélène ne fournit pas l’explication attendue.
Pour les Yvelines, l’intérêt est ailleurs que dans le frisson impérial. Le LAAB, installé à l’UFR Simone Veil - santé de l’UVSQ, travaille précisément sur ce terrain rare : utiliser l’anthropologie, la paléopathologie, la toxicologie et les techniques biomédicales pour interroger des objets, des restes et des lieux historiques. Après les recherches liées à la voix d’Henri IV, le laboratoire montre ici une autre part de son travail : produire un résultat utile même quand il contredit l’hypothèse la plus spectaculaire.
L’étude déplace aussi le regard. Les chercheurs signalent une contamination importante en métaux lourds dans les couches stratigraphiques de Toby’s cottage et dans le mur de sa citerne. Ces traces documentent les conditions de vie d’esclaves au début du XIXe siècle et leur exposition à des polluants qui ont pu aggraver leur santé. L’enquête partie de Napoléon laisse donc apparaître une autre histoire, moins célèbre, inscrite dans les sols de l’île.
À Montigny-le-Bretonneux, la recherche n’a pas trouvé le poison attendu. Elle a retiré une hypothèse fragile, et montré comment un laboratoire local peut lire dans la terre ancienne autre chose qu’une légende.
Sources consultées
- EM-consulte / Annales Pharmaceutiques FrançaisesNo evidence of significant natural environmental exposure to arsenic for Napoleon I on the island of Saint Helena (1815-1821)
- UVSQLaboratoire anthropologie, archéologie, biologie (LAAB)
- Virchows ArchivThe gastric disease of Napoleon Bonaparte: brief report for the bicentenary of Napoleon’s death on St. Helena in 1821