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Avec l’UVSQ, compter le carbone que le monde ne voit pas

Philippe Ciais arrive en tête du classement Cosmos 500. Son travail éclaire une compétence liée à l’UVSQ : mesurer où passent les émissions de CO2.

Mesure du carbone et climat

Philippe Ciais, directeur de recherche CEA au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, arrive en tête du classement Cosmos 500 des scientifiques du climat les plus cités. Le laboratoire où il travaille est installé à l’Orme des Merisiers, à Gif-sur-Yvette, mais il est une unité CEA-CNRS-UVSQ et il est rattaché à l’Observatoire de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, à Guyancourt. Pour les Yvelines, la nouvelle ne tient donc pas dans un trophée personnel. Elle rappelle que l’UVSQ participe à une mécanique scientifique qui sert à compter le carbone à l’échelle de la planète.

Le classement publié le 22 juin 2026 par Carbon Brief n’est pas un prix remis par un jury. Il repose sur Project Cosmos, une base de plus de 1,8 million de publications sur le climat reliées par environ 40 millions de citations. Dans ce périmètre, Philippe Ciais obtient un score de citations Cosmos de 69 655, devant plusieurs grandes figures internationales du climat. Ce score ne mesure pas toute sa carrière académique, mais l’influence de ses travaux dans cette base consacrée aux publications climatiques.

Ce qui ressort surtout, c’est son terrain de recherche : le cycle du carbone. Depuis près de quarante ans, Philippe Ciais travaille sur la façon dont le CO2 circule entre l’atmosphère, les océans, les sols, les forêts, les cultures et les activités humaines. C’est une science discrète, sans objet facile à montrer au public. Elle transforme pourtant une question massive en chiffres discutables, vérifiables et révisables : combien émet-on, combien reste dans l’air, combien est repris par la végétation ou l’océan, et avec quelle incertitude ?

Cette compétence compte parce que les politiques climatiques s’appuient sur des promesses chiffrées. Une forêt qui pousse, une tourbière préservée, un sol agricole mieux géré peuvent absorber du carbone. Mais combien ? Pendant combien de temps ? Et que se passe-t-il quand les sécheresses, les incendies, les coupes ou le réchauffement changent le bilan ? Sans cette comptabilité, les trajectoires de neutralité carbone et les annonces de compensation peuvent reposer sur des chiffres trop fragiles pour guider l’action publique.

Le lien local passe par l’OVSQ, à Guyancourt. Cette composante de l’UVSQ réunit notamment des équipes tournées vers le spatial, le climat et l’Arctique, avec le LATMOS, le LSCE et le CEARC. La Clé Publique racontait déjà ce printemps comment UVSQ-SAT NG continue de mesurer le bilan radiatif terrestre. Avec Philippe Ciais, le même fil apparaît sous une autre forme : le climat devient pilotable seulement quand il devient mesurable.

Les chiffres récents montrent l’ampleur du travail. Le Global Carbon Budget 2025 projette 38,1 milliards de tonnes de CO2 fossile émises dans l’année, un record, et 42,2 milliards de tonnes en incluant aussi les changements d’usage des terres. Ces bilans ne sont pas de simples tableaux. Ils obligent à séparer les émissions dues au charbon, au pétrole, au gaz, au ciment, à la déforestation, puis à suivre ce que l’atmosphère, les océans et les continents en absorbent réellement.

La suite des travaux de Philippe Ciais garde cette logique. Son projet européen CLIMPEAT, financé par un ERC Synergy Grant 2025 avec des partenaires internationaux, s’intéresse aux tourbières de l’hémisphère nord. Ces milieux stockent de grandes quantités de carbone et d’azote. S’ils se dégradent, une partie de ce stock peut repartir dans le système climatique.

Le classement Cosmos 500 ne signale pas une découverte soudaine. Il met en lumière une compétence longue, collective et très outillée : rendre le carbone comptable. À Guyancourt, l’OVSQ et l’UVSQ en portent une part institutionnelle et scientifique, dans une chaîne de recherche qui dépasse largement les frontières départementales.

Sources consultées
  1. UVSQPhilippe Ciais en tête du classement mondial des scientifiques sur le climat
  2. Carbon BriefCarbon Brief’s ranking of the most highly cited climate scientists
  3. Carbon BriefIntroducing Project Cosmos: Carbon Brief’s “universe” of climate science
  4. UVSQObservatoire de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (OVSQ)
  5. CSIROGlobal Carbon Budget
  6. UVSQPhilippe Ciais, lauréat en équipe d’un ERC Synergy Grant 2025