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À l’UVSQ, la voix d’Henri IV devient un test pour la médecine de la voix

À Montigny-le-Bretonneux, une étude de l’UVSQ teste la reconstitution de voyelles à partir d’une tête attribuée à Henri IV.

Modélisation d’une voix ancienne

À Montigny-le-Bretonneux, une tête momifiée attribuée à Henri IV est devenue un objet de recherche sur la voix. Le Laboratoire anthropologie, archéologie, biologie de l’UVSQ, installé à l’UFR Simone Veil Santé, a participé à une étude publiée en 2026 dans Journal of Voice avec l’Hôpital Foch, le Laboratoire de phonétique et phonologie et l’AP-HP.

Le titre peut faire sourire : “la voix d’Henri IV reconstituée”. La recherche est plus intéressante que cette accroche. Les auteurs ne prétendent pas avoir retrouvé la voix complète du roi, comme si un enregistrement attendait dans les tissus anciens. Ils ont tenté de reconstruire des paramètres vocaux plausibles à partir d’une anatomie rare : un larynx et des cavités de résonance conservés par l’embaumement, puis examinés par scanner, endoscopie, modélisation 3D et simulation acoustique.

Le résultat se limite à quatre voyelles françaises, /a/, /i/, /u/ et /œ/. C’est peu pour faire parler Henri IV. C’est assez pour tester une méthode. Une voix dépend à la fois d’une source, la vibration produite au niveau du larynx, et d’un conduit, la gorge, la bouche et les cavités qui donnent au son sa couleur. Quand ce conduit est mesurable, même partiellement, il devient possible de produire un son contraint par l’anatomie plutôt qu’une pure imitation.

La tête étudiée a une histoire scientifique discutée. Son attribution à Henri IV a été défendue par des travaux médico-légaux, mais aussi contestée. Cela limite la tentation du récit royal trop parfait. Pour l’innovation, l’enjeu n’est pas de trancher une querelle d’identification. Il est de savoir ce que l’imagerie biomédicale et la phonétique expérimentale peuvent tirer d’un corps dont la fonction a disparu.

L’intérêt médical apparaît ici. L’UVSQ et ses partenaires relient cette approche à la chirurgie cancérologique du larynx, à la réhabilitation vocale, à la médecine légale et à la paléopathologie. En France, les cancers de la sphère ORL représentent plus de 15 000 nouveaux cas par an selon l’Institut national du cancer. Tous ne posent pas le même problème vocal, mais certains traitements peuvent toucher la parole, la déglutition ou la respiration. Pouvoir mieux relier une modification anatomique à ses conséquences fonctionnelles serait précieux pour informer, opérer ou rééduquer.

La prudence reste simple : il s’agit d’une recherche publiée, pas d’un outil clinique disponible. L’étude ne donne pas une voix complète, ne valide pas encore une méthode applicable aux patients et ne règle pas les incertitudes historiques autour de la tête. Elle montre plutôt une compétence locale singulière : faire travailler ensemble anthropologie, ORL, imagerie, modélisation et phonétique autour d’une fonction fragile.

Dans les Yvelines, le passé sert ici de banc d’essai. À Montigny-le-Bretonneux, une relique controversée ne raconte pas seulement un roi mort. Elle aide à mesurer ce qu’une anatomie peut encore dire d’une voix.

Sources consultées
  1. UVSQLa voix d’Henri IV reconstituée grâce à la science biomédicale
  2. UFR Simone Veil Santé, UVSQLaboratoire anthropologie, archéologie, biologie (LAAB)
  3. Laboratoire de phonétique et phonologie, CNRSPublications
  4. Institut national du cancerL’essentiel sur les cancers de la sphère ORL
  5. Le MondePolémiques sur le crâne supposé d’Henri IV