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À SQY, cinq mètres de visibilité vont supprimer 200 places de stationnement

Saint-Quentin-en-Yvelines va retirer environ 200 places trop proches des passages piétons, une mesure concrète issue de la loi mobilités.

Passage piéton près d’une gare

Avant un passage piéton, une voiture garée peut tout cacher. Un enfant qui s’avance. Une personne âgée qui hésite. Un conducteur qui ne voit la traversée qu’au dernier moment. Cinq mètres, dans une rue, ce n’est pas grand-chose. Juste assez pour éviter de traverser à l’aveugle.

Saint-Quentin-en-Yvelines va donc retirer progressivement environ 200 places de stationnement situées à moins de cinq mètres des passages piétons. L’annonce a été publiée par l’agglomération le 13 mai, dans le cadre de la Loi d’orientation des mobilités, adoptée en 2019. La règle est nationale: les collectivités doivent libérer l’espace juste avant les passages piétons, sauf aménagements réservés aux vélos ou aux petits engins de déplacement. L’échéance est fixée au 31 décembre 2026.

Le sujet a l’air modeste. Il ne promet ni nouvelle gare, ni grande ligne de bus, ni révolution verte. Il touche pourtant à quelque chose de très concret: qui voit qui, dans la rue. La place supprimée devant un passage piéton peut irriter l’automobiliste qui cherchait à se garer. Elle peut aussi rendre une traversée moins hasardeuse devant une école, près d’une gare, au bord d’une zone commerciale ou dans une rue résidentielle.

À SQY, ce genre de détail compte parce que le territoire vit avec beaucoup de déplacements contraints. L’agglomération rassemble 12 communes, environ 234 000 habitants et près de 132 000 emplois. Une large part de ces emplois est occupée par des actifs qui n’habitent pas sur place. Chaque jour, des salariés entrent vers Guyancourt, Montigny-le-Bretonneux, Trappes, Plaisir ou Élancourt, pendant que des habitants rejoignent les gares, les bureaux, les écoles et les commerces. La mobilité n’est pas une idée générale: c’est le trajet du matin, la correspondance trop juste, le parking presque plein, le dernier kilomètre qui finit encore souvent en voiture.

Une loi ne change pas à elle seule le trajet du matin. À l’échelle locale, elle agit plutôt par une série de réglages: rendre une traversée plus visible, faciliter le vélo, organiser le covoiturage, tester l’autopartage, mieux connecter les gares aux zones d’activité. Dans cette logique, SQY met déjà en avant près de 435 kilomètres d’itinéraires cyclables, un challenge vélo inter-entreprises au printemps et un service d’autopartage près des gares de Montigny-le-Bretonneux, Plaisir-Grignon, La Verrière et Trappes.

Il faut garder la proportion juste. Ces dispositifs ne remplacent pas la voiture pour tous les trajets, surtout dans un territoire d’emplois où les horaires, les distances et les correspondances pèsent vite. Mais ils montrent une direction: rendre la voiture un peu moins automatique, et l’espace public un peu moins dessiné autour d’elle seule. La future ligne 18 du Grand Paris Express, attendue à Guyancourt, Satory et Versailles-Chantiers à l’horizon 2030, renforcera cette question plutôt qu’elle ne la réglera seule. Une gare nouvelle ne sert pleinement que si l’on peut y arriver facilement, à pied, à vélo, en bus ou par un trajet partagé.

Dans les Yvelines, la même logique apparaît déjà avec le covoiturage pensé comme une ligne de transport. Le changement ne tient pas seulement à l’existence d’un service. Il tient au moment où ce service devient assez simple pour entrer dans une routine.

Les 200 places supprimées près des passages piétons ne feront donc pas basculer Saint-Quentin-en-Yvelines dans un autre âge des mobilités. Elles rappellent seulement une chose assez saine: avant de demander aux habitants de changer tous leurs trajets, on peut déjà leur permettre de traverser la rue sans jouer à cache-cache avec un pare-chocs.