Dans une cuisine de Mantes-la-Jolie, de Magnanville ou de Rosny-sur-Seine, le changement ne se verra pas. L’eau coulera comme avant. Une partie de ce qui la rend potable se joue pourtant à Buchelay, avant le robinet, dans un site que les habitants croisent rarement.
Grand Paris Seine & Oise a attribué à OTV Nord-Est un marché de 4,09 millions d’euros pour construire une unité de traitement des nitrates sur l’usine de production d’eau potable de Buchelay. L’avis d’attribution a été envoyé à la publication le 11 mai. L’opération, approuvée fin 2024 par la communauté urbaine, est évaluée à un peu plus de 6,12 millions d’euros hors taxes.
Le sujet concerne une partie très concrète du bassin mantais. Selon Grand Paris Seine & Oise, l’usine et ses cinq forages servent à alimenter Buchelay, Magnanville, Mantes-la-Jolie, Rosny-sur-Seine et Soindres, soit près de 61 000 habitants.
Il ne faut pas lire ce chantier comme une alerte immédiate sur l’eau du robinet. Les données publiques 2024 du service d’eau potable de Mantes et communes voisines affichent une conformité microbiologique et physico-chimique de 100 %. Le point est plus précis : la nappe utilisée à Buchelay présente des teneurs en nitrates proches du seuil réglementaire de 50 mg/L, avec des dépassements dont la fréquence augmente, selon la délibération communautaire.
La future unité doit donc donner de la marge. Elle est dimensionnée pour que l’eau en sortie de traitement ne dépasse pas 30 mg/L de nitrates, à un débit de 700 m³ par heure. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de rester sous le plafond, mais de ne pas passer son temps à le frôler.
Les nitrates ont ceci de peu pratique pour le consommateur qu’ils ne préviennent pas. Pas de couleur suspecte, pas de goût particulier. L’Agence régionale de santé les rattache notamment aux pratiques agricoles, aux rejets domestiques et industriels, avec une limite de qualité fixée à 50 mg/L. Sur la zone de distribution de Mantes-la-Jolie, en 2022, l’ARS classait l’eau en bonne qualité globale, tout en relevant un dépassement ponctuel pour les nitrates : 46,3 mg/L en moyenne, 53 mg/L au maximum.
Buchelay n’est donc pas un cas isolé, mais un exemple local de ce que demande aujourd’hui l’eau potable dans la vallée de la Seine : des forages, des traitements, des contrôles, et parfois de nouveaux équipements quand la ressource brute laisse moins de confort. Le contrat territorial Eau et Climat de la vallée de Seine signalait déjà, pour les captages de Rosny-Buchelay, des teneurs en nitrates autour de 50 mg/L depuis la fin des années 1990.
Le traitement répond à l’urgence technique. Il ne remplace pas le travail plus lent autour des captages, des sols, des usages agricoles et des autres pressions sur la ressource. Mais il apporte une réponse utile à court terme : distribuer une eau conforme avec une marge plus solide.
Pour l’usager, le meilleur résultat sera presque décevant : ouvrir le robinet, ne rien remarquer, et boire la même eau qu’hier. Derrière cette banalité, il y aura simplement un équipement de plus pour que l’ordinaire reste ordinaire.