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Entre Versailles et Saclay, le patrimoine passe aussi par les données

À partir d’un rendez-vous UVSQ sur SPHINX, les sciences du patrimoine relient Versailles, Guyancourt et Paris-Saclay.

Objets patrimoniaux et données scientifiques

Avant d’être une pièce d’histoire, une lettre de Marie-Antoinette est aussi un objet matériel. Il faut lire l’écriture, comprendre les ratures, replacer les mots dans leur contexte, parfois suivre la trace d’un papier, d’une encre ou d’un passage difficile à déchiffrer. Le patrimoine commence souvent là: non pas devant une vitrine, mais devant une question très simple et très exigeante. Que peut-on savoir d’un objet sans le déformer, l’abîmer ou le faire parler trop vite?

C’est cette méthode que l’UVSQ et le laboratoire DYPAC mettront au centre d’une matinée organisée lundi 11 mai à l’ENS Paris-Saclay, à Gif-sur-Yvette, autour du programme SPHINX. Le rendez-vous a lieu hors des Yvelines, mais il concerne directement le territoire: l’UVSQ, DYPAC, Versailles et les formations de Paris-Saclay font partie de cet écosystème où le patrimoine n’est pas seulement conservé. Il est étudié, documenté, comparé, transmis.

SPHINX signifie Sciences du Patrimoine, Héritage, Innovation, enjeuX. Derrière ce nom, l’idée est claire: faire travailler ensemble des disciplines qui se croisent déjà sur le terrain sans toujours partager leurs outils. Un historien, un conservateur, un spécialiste des matériaux, un informaticien ou un expert des images ne regardent pas le même objet de la même manière. L’enjeu est de construire des méthodes communes, assez solides pour servir aux musées, aux archives, aux chercheurs et aux formations.

L’ancrage yvelinois est plus concret qu’un simple logo dans un programme. La Graduate School Humanités-Sciences du patrimoine de Paris-Saclay est coordonnée par l’UVSQ. Le laboratoire DYPAC, à Guyancourt, travaille sur les textes, les objets, les collections et la circulation des savoirs. Versailles apporte, lui, une évidence patrimoniale mais aussi un terrain de recherche: le Centre de recherche du château de Versailles participe par exemple à un projet sur les lettres de Marie-Antoinette, avec les Archives nationales, Oxford et l’UVSQ.

Ce type de projet montre concrètement ce que les sciences du patrimoine peuvent apporter. Une lettre n’est pas seulement un texte à publier. C’est une source à établir, une matière à comprendre, une pièce à relier à d’autres documents. Des archives de justice militaire de la Première Guerre mondiale, étudiées dans le projet FRONT_JUSTICE, posent d’autres problèmes: reconnaître des écritures, annoter des masses de documents, organiser des données pour rendre les fonds consultables et comparables.

Le vocabulaire est parfois froid. Les exemples ramènent vite au concret. Restaurer un objet, lire une trace, reconstituer une circulation, partager une donnée fiable: ce sont des gestes précis, pas des effets de langage. Ils expliquent pourquoi les sciences du patrimoine ne relèvent pas seulement de la culture, ni seulement de la recherche. Elles touchent aussi à la formation, aux métiers d’art, aux archives, aux musées et aux outils numériques.

C’est là que Versailles et Saclay se répondent utilement. D’un côté, un territoire immédiatement associé aux monuments, aux collections, aux jardins, aux métiers de conservation. De l’autre, un plateau scientifique qui rassemble laboratoires, formations et méthodes. Entre les deux, l’UVSQ occupe une position intéressante: assez proche du patrimoine visible pour ne pas parler dans le vide, assez insérée dans Paris-Saclay pour relier ce patrimoine aux outils de recherche contemporains.

Le sujet tient quand il reste près des objets. Ce qui compte n’est pas d’empiler les partenaires, mais de voir ce que leur coopération change pour les objets eux-mêmes. Une lettre mieux lue, une archive mieux décrite, un fragment mieux replacé, une image mieux exploitée: c’est souvent ainsi que le patrimoine redevient lisible.