Portrait

De Créteil à l’orbite, ce que le projet IR-Coaster révèle de l’ambition scientifique de l’UPEC

Le projet IR-Coaster, conçu avec le LISA lié à l’UPEC, montre comment une université de Créteil s’insère dans la recherche spatiale et la formation du secteur.

Illustration - instrument spatial en orbite

IR-Coaster n’est pas un habillage spatial de plus pour l’Université Paris-Est Créteil. L’instrument a été conçu et assemblé au Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques, le LISA, laboratoire commun à l’UPEC, à Université Paris Cité et au Centre national de la recherche scientifique, avec l’appui du Centre national d’études spatiales. Installé à l’extérieur de la Station spatiale internationale le 17 décembre 2024 sur la plateforme Bartolomeo d’Airbus, il a été envoyé pour un an en orbite afin d’étudier l’effet du rayonnement solaire sur de la matière organique. Le projet est piloté par le chimiste Hervé Cottin et l’ingénieur de recherche Noël Grand, tous deux membres du LISA.

Le sujet peut sembler lointain. Il est en réalité très précis. L’équipe expose notamment de la glycine, un acide aminé présent dans les protéines, ainsi que l’uracile et la guanine, deux bases liées à l’ADN et à l’ARN. Elle suit aussi l’acide mellitique, recherché sur Mars car il pourrait résulter de transformations chimiques propres à l’environnement martien. L’intérêt de l’orbite est simple à comprendre: sur Terre, l’atmosphère filtre une partie du rayonnement ultraviolet du Soleil. Cette fois, l’expérience ne se contente pas de comparer un état avant départ et un état après retour. Pour la première fois dans ce type de mission, un spectromètre infrarouge embarqué mesure pendant toute la durée du vol comment les échantillons évoluent.

IR-Coaster dit aussi quelque chose de l’UPEC elle-même. Pour la première fois, le LISA n’a pas seulement fourni une brique scientifique: le laboratoire a eu la responsabilité de l’ensemble du système, de la conception à l’exploitation future des résultats. Ce n’est pas un détail. Depuis fin 2017, le Campus spatial de l’UPEC cherche justement à fédérer formations et laboratoires autour de la conception d’instruments et de petits satellites. Sur le site du campus, IR-Coaster est d’ailleurs présenté comme une étape avant un futur CubeSat, avec l’idée de combiner les résultats obtenus sur l’instrument fixé à la station et ceux d’une mission autonome. Autrement dit, Créteil ne se contente plus de commenter la recherche spatiale. Une partie de cette recherche se fabrique ici.

Le projet prend encore plus de relief quand on le replace dans son écosystème. En février 2026, l’UPEC a lancé l’Académie spatiale d’Île-de-France avec huit établissements fondateurs. L’université y met en avant un master international en systèmes satellitaires, trois thèses financées, une chaire et une alternance de deux ans au sein du Campus spatial. Ce positionnement n’a rien d’anecdotique dans un secteur que l’UPEC chiffre à 1 700 entreprises, 33 200 salariés et 10,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France. Une note de la Direction générale des entreprises ajoute que l’Île-de-France concentre à elle seule plus de 90 000 emplois dans des établissements de la filière spatiale, toutes activités confondues. Pour les étudiants du Val-de-Marne comme pour les équipes de recherche, IR-Coaster n’est donc pas seulement une belle histoire de laboratoire. C’est une preuve concrète qu’une université ancrée à Créteil peut entrer dans les programmes, les compétences et les métiers qui structurent déjà le spatial français.