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À Champigny, onze tombes et une statue de près de dix tonnes révèlent un cimetière vieux de 6 500 ans

Sur un terrain destiné à un programme immobilier à Champigny-sur-Marne, l'Inrap a découvert onze tombes et une statue-menhir, indices de l'organisation des lieux funéraires au Néolithique.

Illustration - Menhir et sépultures néolithiques

Rue de Verdun, à Champigny-sur-Marne, les archéologues ont retrouvé une pierre gravée de plus de trois mètres, pesant près de dix tonnes, couchée dans la fosse qui la maintenait autrefois debout. Sur le même terrain destiné à un programme immobilier : onze tombes, trente blocs mégalithiques et les traces de constructions en bois et en terre.

L’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) a annoncé cette découverte le 2 novembre. L’ensemble remonte au Néolithique moyen, entre 4750 et 4300 avant notre ère, soit environ 6 500 ans.

La rareté du site tient à son organisation. En Île-de-France, les sépultures de cette époque sont généralement retrouvées isolées. À Champigny, les archéologues peuvent étudier les tombes, mais aussi les monuments et les aménagements qui occupaient le même espace.

Huit tombes au sud, trois près des grandes pierres

Les premiers sondages avaient révélé deux femmes enterrées sur le dos. L’élargissement de la fouille a permis d’identifier neuf autres sépultures.

Huit tombes sont regroupées sur environ 60 m², au sud d’un monticule de terre. Trois autres se trouvent plus au nord, près de la statue-menhir et de deux blocs de grès plus petits.

Plusieurs fosses présentent des trous de poteau à proximité des crânes. Ces traces suggèrent que des poteaux en bois pouvaient signaler les tombes en surface. Des lames, des pointes en silex, une hache en grès local et des objets en os travaillé accompagnaient certains défunts.

Tous n’ont pas été enterrés de la même manière. Dans une fosse circulaire étroite, semblable à un puits, les archéologues ont découvert un adulte en position assise. Ses jambes et ses pieds étaient pris dans de la calcite, déposée au fil du temps par des eaux riches en calcaire.

Cette position tranche avec les autres inhumations, majoritairement allongées. Sa signification reste inconnue.

Une statue gravée, et un monument qui ne contenait aucun mort

La statue-menhir mesure précisément 3,04 mètres de long, 1,68 mètre de large et 74 centimètres d’épaisseur. Son poids est estimé à 9,7 tonnes.

Une ceinture gravée et d’autres marques suggèrent une figure humaine stylisée, ce qui lui vaut le nom de statue-menhir. Sa surface porte aussi de petites cavités, appelées cupules. Des taches blanches et noires pourraient correspondre à des pigments anciens, ce qui suggérerait une statue autrefois peinte.

Les statues-menhirs sont surtout connues dans le sud de la France, notamment en Occitanie, en Provence et en Corse. Les exemplaires septentrionaux sont beaucoup plus rares.

À Champigny, la pierre était couchée dans son ancienne fosse d’implantation. Les archéologues envisagent qu’elle ait été laissée sur place après son effondrement.

Dans la partie sud-est du site, un monticule de limon brun couvrant environ 30 m² était associé à une petite stèle brisée, des fossés, des pierres et des traces de poteaux. Malgré sa forme évoquant un tertre funéraire, il ne recouvrait aucune sépulture. Il pourrait avoir servi de repère dans cet espace.

Des pierres, du bois et une préparation qui durcissait comme un ciment

Les bâtisseurs ne se contentaient pas de creuser des fosses et de dresser des blocs. Ils préparaient aussi des mélanges de sédiments sableux et limoneux riches en carbonates, de graviers et d’eau. Ces matériaux durcissaient en séchant.

Les archéologues en ont retrouvé autour des tombes, dans les fosses destinées à soutenir les pierres dressées et dans le monticule de terre. Ce procédé, parfois qualifié de « ciment primitif », était déjà connu sur d’autres sites préhistoriques d’Europe occidentale.

La fouille révèle ainsi un lieu où les morts étaient déposés, mais où l’on construisait également des monuments, installait des poteaux et travaillait les matériaux du sol. La chronologie précise de ces différents aménagements reste à établir.

Des analyses de l’ADN ancien et des isotopes doivent maintenant aider les chercheurs à comprendre qui étaient ces défunts, ce qu’ils mangeaient, d’où ils venaient et quels liens pouvaient les unir.

Dans le sol de Champigny, les petits creusements retrouvés près des crânes pourraient être les dernières traces de poteaux dressés pour signaler les sépultures.

Sources consultées
  1. Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap)Des sépultures et des menhirs du Néolithique découverts à Champigny-sur-Marne
  2. Arkeonews6,500-Year-Old Cemetery in France Reveals a 10-Ton Human-Shaped Standing Stone
  3. Archaeology Magazine, Archaeological Institute of AmericaNeolithic Cemetery Excavated Near Paris
  4. Ministère de la CultureLes mégalithes de Veyre-Monton (Puy-de-Dôme) : alignements de menhirs, tombe, cairn et statue