
Un casse-noix à l’effigie de Charles de Gaulle, un briquet représentant Yasser Arafat, des proclamations officielles et des appels à la révolte. Au Musée intercommunal de Nogent-sur-Marne, la politique se découvre sur des supports parfois inattendus. Depuis le 24 octobre, l’exposition « L’histoire s’affiche » présente une partie de la collection d’Alain Gesgon, un homme qui a passé plus de soixante ans à récupérer des papiers que presque personne ne songeait à garder.
Le fonds compte près de 300 000 affiches et tracts. Derrière ce chiffre vertigineux se trouvent des slogans, des images et des affrontements politiques tels qu’ils étaient présentés aux passants.
Une vie à ramasser les affiches
Une affiche électorale doit convaincre en quelques secondes. Une proclamation officielle annonce une décision. Un tract militant appelle à manifester, parfois dans l’urgence. Tous ont vocation à disparaître, recouverts par de nouveaux messages ou arrachés après les événements.
Alain Gesgon (1939-2024) voulait conserver ces témoignages. Dès 1961, il prospecte les rues, les brocantes, les caves et les greniers. En 2001, interrogé par Le Parisien, il se décrivait comme le « facteur Cheval » de l’affiche, en référence à cet homme qui avait consacré sa vie à construire un palais extraordinaire.
Chez Gesgon, l’accumulation avait fini par envahir l’espace domestique. Son appartement parisien et sa maison familiale de Brunoy, dans l’Essonne, étaient remplis de documents. Selon un témoignage recueilli après sa mort, il devait même déplacer les papiers entassés sur son lit pour pouvoir dormir.
L’obsession avait pourtant une vraie méthode. Gesgon collectait les images des puissants comme celles de leurs adversaires, les campagnes officielles comme les protestations marginales.
Il connaissait particulièrement bien Mai 68. Dans une analyse publiée par la Bibliothèque publique d’information en 2018, indépendamment de l’exposition de Nogent, il avait commenté une sérigraphie réalisée aux Beaux-Arts le 29 mai 1968 : un dessin dépouillé réunissant étudiants, paysans et ouvriers autour des mots « Pouvoir populaire ». Quelques traits, presque aucun texte. Le message devait être compris immédiatement, dans la rue.
Quatre siècles de pouvoir et de contestation
L’exposition de Nogent, organisée avec le Centre international de recherche sur l’imagerie politique (CIRIP), traverse quatre siècles d’histoire française, depuis la révocation de l’édit de Nantes en 1685 jusqu’aux mouvements sociaux du XXe siècle.
Sur la Commune de Paris, les proclamations des insurgés côtoient celles de leurs adversaires. D’autres documents montrent les transformations de la propagande électorale et des revendications populaires.
Les objets complètent les affiches. Le casse-noix De Gaulle et le briquet Arafat rappellent que les images politiques ne se limitaient pas aux panneaux électoraux. Elles s’invitaient jusque dans les gestes ordinaires, sur des accessoires destinés à circuler de main en main.
François Scaglia, commissaire de l’exposition, a retenu 54 affiches encadrées, auxquelles s’ajoutent 184 documents consultables sur des bornes numériques et quatre vitrines d’objets. Une infime fraction des quelque 300 000 documents réunis par Gesgon.
De l’appartement encombré aux réserves du MAC VAL
Après la mort du collectionneur en juillet 2024, la conservation de cet ensemble est devenue urgente. Des documents étaient notamment menacés par l’humidité.
Le fonds, classé comme archives historiques depuis 2021, appartient au CIRIP. En juillet 2025, le Département du Val-de-Marne a approuvé son dépôt au MAC VAL, à Vitry-sur-Seine. Les documents y sont désormais conservés dans des conditions adaptées, en vue de leur inventaire et de leur étude.
Gesgon avait longtemps rêvé d’un musée permanent entièrement consacré à l’affiche politique. Il en parlait déjà publiquement en 2001, puis au Centre Pompidou en 2015. Ce musée n’existe toujours pas. Le fonds est aujourd’hui conservé à Vitry, tandis que Nogent en accueille temporairement une sélection.
L’exposition « L’histoire s’affiche » est gratuite et ouverte jusqu’au 31 juillet 2027, au Musée intercommunal, 36 boulevard Gallieni. Le public peut s’y rendre les mardis, mercredis, jeudis et dimanches de 14 h à 18 h, ainsi que le samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, hors jours fériés. Le musée se trouve au deuxième étage, sans ascenseur. Des visites commentées sont annoncées les premiers mercredis et samedis du mois à 15 h, celles du mercredi sur réservation. Renseignements au 01 48 75 51 25.
Au deuxième étage du musée de Nogent, une partie des papiers que Gesgon ramassait dans les rues est aujourd’hui soigneusement encadrée.
Sources consultées
- Musée intercommunal de Nogent-sur-MarneL'histoire s'affiche, 400 ans d'histoire par l'affiche
- Bibliothèque publique d'informationMai 68 en affiches 2/5 : pouvoir populaire
- Le Parisien« C'est le média de l'instant social »
- Le ParisienNogent : de Napoléon à Mai 68, les trésors de la plus grande collection d'affiches politiques de France enfin visibles
- Conseil départemental du Val-de-MarneDélibération 2025-7-33, dépôt du fonds Alain Gesgon par le CIRIP au musée MAC VAL
- Office de tourisme Paris Est Marne & BoisExposition : L'histoire s'affiche, au Musée Intercommunal de Nogent