Article

Cancer du sein : à Villejuif, deux injections activent l’immunité mais éliminent rarement la tumeur

À Villejuif, une patiente de 31 ans n’avait plus de cellules cancéreuses détectables après deux injections. L’essai POP-DURVA cherche à comprendre pourquoi cette réponse reste exceptionnelle.

Illustration - Tumeur et cellules immunitaires

Dans un essai clinique piloté par Gustave Roussy, à Villejuif, une patiente de 31 ans a reçu deux injections d’immunothérapie, espacées de quinze jours. Lors de son opération, quelques semaines plus tard, les médecins n’ont retrouvé aucune cellule cancéreuse vivante dans les tissus examinés. Un résultat exceptionnel qui pose une question difficile : comment reconnaître les femmes chez qui un traitement aussi court pourrait suffire ?

Présentés le 24 octobre 2026 au congrès européen de cancérologie ESMO, les résultats de l’essai POP-DURVA montrent que cette disparition complète reste extrêmement rare. Mais ils révèlent aussi quelque chose d’inattendu dans la manière dont les tumeurs réagissent à l’immunothérapie.

Peut-on éviter une chimiothérapie à certaines patientes ?

L’étude porte sur des cancers du sein « triple négatifs », qui ne répondent ni à l’hormonothérapie ni aux médicaments ciblant HER2. Les 78 participantes présentaient de petites tumeurs, de deux centimètres au maximum, sans atteinte ganglionnaire cliniquement détectable.

À ce stade précoce, la chirurgie reste centrale. Une chimiothérapie est souvent proposée, avant ou après l’opération, pour réduire le risque de récidive. Elle peut être éprouvante et entraîner des effets indésirables durables. Les chercheurs cherchent donc à déterminer si certaines femmes pourraient recevoir moins de traitements sans compromettre leurs chances de guérison.

L’équipe de la Dre Joana Ribeiro a testé le durvalumab, un médicament qui lève un frein empêchant les cellules immunitaires d’attaquer efficacement certaines tumeurs.

Parmi les 71 patientes retenues pour l’analyse principale, une seule a obtenu une réponse pathologique complète après les deux injections, soit 1,4 %. Sur les 46 femmes opérées directement, cinq présentaient au maximum 10 % de tissu tumoral encore viable, dont celle chez qui aucune cellule cancéreuse n’était détectable. Les 25 autres patientes de l’analyse principale ont reçu une chimiothérapie avant l’opération et ont été comptées comme n’ayant pas obtenu de réponse pathologique complète pour ce critère.

Deux injections ne suffisent donc pas à éliminer la maladie chez la grande majorité des participantes. Pourtant, à l’intérieur des tumeurs, le médicament a souvent produit des changements mesurables.

Des défenses immunitaires mobilisées, sans disparition de la tumeur

Les chercheurs ont analysé des prélèvements effectués avant et après le traitement. Chez 63 patientes disposant d’échantillons comparables, la proportion médiane de lymphocytes infiltrant les tumeurs est passée de 10 à 22 %.

De petits regroupements organisés de cellules immunitaires, appelés structures lymphoïdes tertiaires, sont également apparus dans 16 des 49 tumeurs qui n’en présentaient pas initialement. L’analyse de l’activité des gènes confirme cette mobilisation des défenses.

L’immunothérapie parvient ainsi à modifier rapidement l’environnement d’une tumeur, sans nécessairement parvenir à la détruire.

Parmi 41 patientes opérées directement, les tumeurs dans lesquelles la proportion de lymphocytes avait le plus augmenté contenaient généralement moins de tissu cancéreux viable. Dans cette petite analyse exploratoire, le niveau de lymphocytes présent avant traitement, lui, n’était pas associé à la quantité de tumeur restante.

Autrement dit, la réaction d’une tumeur aux premières injections pourrait être plus instructive que son état initial. Il faudra cependant démontrer qu’elle permet réellement de prévoir l’efficacité du traitement, et pas seulement d’accompagner la régression observée.

À Villejuif, chercher les marqueurs d’une réponse exceptionnelle

Les participantes avaient déjà été sélectionnées parce que leurs tumeurs présentaient une activité immunitaire minimale. Ce premier critère n’a pas permis d’identifier celles qui répondraient le mieux.

Dans le cadre du programme UNLOCK de l’Institut PRISM, les équipes de Gustave Roussy poursuivent donc l’analyse des cellules immunitaires, des tissus tumoraux et de l’expression des gènes pour rechercher des marqueurs plus fiables.

POP-DURVA reste un essai de phase II, sans groupe comparateur. Ses résultats ne justifient aucun changement des traitements actuels. Ils permettent en revanche aux chercheurs de Villejuif de comparer les réactions de tumeurs apparemment semblables au même traitement.

L’équipe de Joana Ribeiro cherche désormais ce qui distingue les patientes qui pourraient, un jour, recevoir moins de traitements sans compromettre leurs chances de guérison.

Sources consultées
  1. Gustave RoussyESMO 2026 - Explorer le potentiel de l'immunothérapie dans les cancers du sein triple négatifs localisés
  2. ESMO 2026 / Joana M. Ribeiro, diapositives scientifiques reproduites par KOL PulseShort-term preoperative durvalumab for stage I TNBC: First results from the phase II UNLOCK 14 – POP-DURVA trial (LBA26)
  3. ecancerShort course durvalumab remodels the tumour immune microenvironment in early stage triple negative breast cancer