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À Champigny, 23 mètres de fresque effacés pour une inscription de 50 centimètres : la ville condamnée

À Champigny-sur-Marne, une fresque participative de 23 mètres a été effacée trois jours après son inauguration. La ville est condamnée à verser 1 100 euros, sans restauration de l'œuvre.

Illustration - Fresque murale recouverte de blanc

À Champigny-sur-Marne, une fresque de 23 mètres peinte avec des habitants a été effacée trois jours après son inauguration. Le 1er octobre 2026, le tribunal judiciaire de Paris a condamné la commune à verser 1 100 euros à son autrice, Chloé Wary. À l’origine de ces 23 mètres disparus : une inscription d’environ 50 centimètres.

Sur le muret du parking Carnot, quai Victor-Hugo, face à la Marne, il y avait des footballeuses, des danseurs de breakdance, des personnages aux couleurs éclatantes. Un paysage de banlieue inspiré des bandes dessinées Saison des roses et Rosigny Zoo, où la jeunesse occupait tout l’espace.

La médiathèque Jean-Jacques Rousseau et la Maison des Arts avaient sollicité Chloé Wary au printemps 2023 pour cette création collective. Le 3 juin, des enfants de l’école de football de Champigny et des habitants volontaires avaient participé à la peinture du mur. L’artiste avait ensuite achevé la composition.

Inaugurée le 7 octobre, la fresque est entièrement recouverte de blanc le 10. Même la signature de Chloé Wary, laissée sur un muret voisin, sera effacée quelques jours plus tard.

Une inscription ajoutée après validation du dessin

Le désaccord portait sur les mots « Justice pour Naël », en référence à Nahel Merzouk, adolescent de 17 ans tué par un policier à Nanterre en juin 2023.

Selon l’entourage de l’artiste, la commune avait validé un dessin préparatoire qui ne comportait pas cette inscription, ajoutée en septembre. La mairie estimait qu’elle pouvait provoquer des troubles à l’ordre public et contrevenir au principe de neutralité du service public.

La municipalité affirmait en novembre 2023 avoir demandé à une entreprise d’effacer uniquement ces mots. Le recouvrement de toute la fresque aurait résulté d’une erreur d’exécution.

Chloé Wary n’avait pourtant été ni prévenue ni consultée. Son avocate assurait dès 2024 que l’artiste aurait accepté de retirer l’inscription si la ville le lui avait demandé. Des négociations pour refaire la fresque ont ensuite échoué, conduisant l’artiste et le Syndicat national des auteurs et des compositeurs (Snac) à saisir la justice.

Posséder le mur ne donne pas tous les droits

Le tribunal a retenu la responsabilité de Champigny-sur-Marne dans la destruction de l’œuvre, quelle que soit l’erreur invoquée lors de son exécution.

En France, une collectivité qui commande une création artistique n’en acquiert pas automatiquement tous les droits. Elle peut être propriétaire du mur sans pouvoir détruire librement ce qui y est peint. Le droit moral de l’auteur protège notamment l’intégrité de son œuvre.

Les juges ont également rejeté l’argument de la faute reprochée à Chloé Wary : son contrat ne comportait ni cahier des charges ni obligation de neutralité. Et même en admettant que la commune ait eu une raison légitime de supprimer l’inscription, elle pouvait la masquer ou la retirer sans détruire le reste de la peinture.

Le jugement ne tranche donc pas la légitimité politique du message. Il sanctionne la disparition disproportionnée de l’œuvre entière.

1 100 euros pour une fresque qui ne reviendra pas

Chloé Wary réclamait 50 000 euros pour l’atteinte à l’intégrité de son œuvre, auxquels s’ajoutait une demande de 20 000 euros pour la perte de chance de percevoir des redevances. Le tribunal lui accorde 1 100 euros pour son préjudice moral, rejette la demande relative aux redevances et condamne la commune aux dépens.

Ce montant a une histoire particulière. Selon Chloé Wary et le Snac, il reprend une somme évoquée pendant les négociations amiables pour réaliser une nouvelle fresque : un forfait initial de 1 000 euros, augmenté de 10 % au titre du préjudice moral.

Mais cette fois, aucune reconstitution n’est ordonnée. Le Snac, qui salue la reconnaissance du droit de l’artiste, juge l’indemnisation insuffisante et indique étudier les suites possibles.

Trois ans après, la justice reconnaît le préjudice subi par Chloé Wary. Sur les 23 mètres du parking Carnot, les personnages peints avec les enfants de Champigny manquent toujours.

Sources consultées
  1. Syndicat national des auteurs et des compositeurs (Snac)Fresque effacée à Champigny-sur-Marne : la justice reconnaît l'atteinte au droit moral de Chloé Wary
  2. ActuaLittéCensure de la fresque de Chloé Wary : la mairie de Champigny-sur-Marne condamnée
  3. Le ParisienLa fresque de Chloé Wary effacée à Champigny : « une erreur » s'excuse la mairie
  4. Chloé WaryRAIN-TÉ
  5. Ville de Champigny-sur-MarneNotre Champigny, n° 561, juillet-août 2023, page 23
  6. LégifranceCode de la propriété intellectuelle, article L111-3