Article

Lac de Créteil : ce que les travaux d’assainissement ne pourront pas réparer

Les nappes vertes persistent au lac de Créteil. Le programme Lac 2027 s'attaque aux réseaux, mais une partie du problème vient de la nappe souterraine.

Illustration - Lac de Créteil et ses berges

Fin septembre, des nappes verdâtres recouvraient encore certaines portions du lac de Créteil. Le collectif qui veille sur ce plan d’eau de 42 hectares a publié de nouvelles photographies, inquiet de la persistance du phénomène malgré le retour de la fraîcheur. La Ville et Grand Paris Sud Est Avenir (GPSEA) portent un programme de restauration, Lac 2027. Mais les études scientifiques révèlent une difficulté : toute la pollution du lac n’arrive pas par les canalisations que les collectivités peuvent réparer.

Ce lac, né de l’exploitation de sablières au XXe siècle, communique directement avec les eaux souterraines. Une étude menée en 2014 pour la Région Île-de-France estimait que la nappe alluviale fournissait environ les trois quarts de son alimentation annuelle. Le reste provenait principalement des eaux pluviales.

Deux arrivées d’eau, deux problèmes à traiter

Le lac reçoit des eaux de pluie collectées sur les surfaces urbanisées, notamment par un grand ouvrage situé sur sa rive est, alimenté depuis le secteur du Mont-Mesly. Ces écoulements peuvent transporter des matières organiques, des nutriments et des bactéries issues de contaminations fécales.

L’étude de 2014 classait les rejets pluviaux parmi les risques prioritaires. Elle signalait que les travaux déjà réalisés sur les réseaux n’avaient pas entièrement supprimé les écoulements suspects par temps sec.

Mais elle identifiait aussi une autre difficulté : une partie importante des nutriments favorisant l’eutrophisation provenait vraisemblablement de la nappe souterraine.

Le phosphore joue ici un rôle central. Lorsqu’il devient trop abondant, il favorise le développement du phytoplancton, dont certaines cyanobactéries. Les sédiments du lac peuvent également libérer du phosphore lorsque les eaux profondes manquent d’oxygène, un mécanisme que l’étude jugeait nécessaire de mieux mesurer.

Réparer les raccordements défectueux peut donc réduire les rejets polluants et certains apports nutritifs. Cela ne supprimera pas les échanges naturels entre le lac et sa nappe.

Une solution à près de 6 millions d’euros déjà envisagée en 2002

Les rejets pluviaux ont, eux aussi, fait l’objet de solutions coûteuses.

L’étude de 2014 rappelait qu’un déplacement du principal rejet pluvial vers le sud-est du lac avait été évalué à près de 6 millions d’euros dès 2002. Le projet envisageait une zone humide permettant d’isoler les rejets du reste du lac.

L’objectif était surtout de réduire les risques de contamination bactérienne dans les secteurs utilisés pour les activités nautiques, et non de traiter le phosphore apporté par la nappe. L’estimation ne comprenait pas certains aménagements complémentaires nécessaires à la maîtrise de ces contaminations.

Face à ce coût, les auteurs préconisaient une gestion adaptée des activités nautiques pendant les épisodes à risque, parallèlement à la suppression des rejets parasites.

Leur diagnostic séparait ainsi deux objectifs : réduire les contaminations bactériennes, sur lesquelles les réseaux offrent un levier d’action, et maîtriser les proliférations de cyanobactéries, dont les causes sont plus diffuses.

Lac 2027 pourra-t-il changer l’équilibre ?

GPSEA et la Ville ont choisi d’agir sur plusieurs fronts. Lac 2027 prévoit la mise en conformité des installations d’assainissement, un dispositif de protection contre les pollutions accidentelles et la renaturation des berges.

Des interventions ont déjà eu lieu en 2024, notamment pour sécuriser l’accès au déversoir d’orage et rechercher les sources de pollution.

Le budget d’assainissement 2025 de GPSEA réservait 1,8 million d’euros à plusieurs opérations d’amélioration de la qualité de l’eau, dont le lac de Créteil. Le coût propre à Lac 2027 et le calendrier détaillé des travaux ne sont toutefois pas publiés dans les documents consultés.

Les travaux prévus ciblent des sources de pollution identifiées depuis longtemps. Leur limite est également connue : la remise en état des réseaux ne garantit pas, à elle seule, la disparition des proliférations.

Les photographies de septembre ne permettent d’ailleurs ni d’identifier précisément les organismes présents ni d’établir une toxicité. Certaines cyanobactéries produisent des toxines, mais leur présence doit être confirmée par des analyses.

Pour les pêcheurs et les pratiquants de voile, l’amélioration devra se vérifier dans la qualité de l’eau, pas seulement à sa surface.

À Créteil, les futurs travaux pourront agir sur l’eau qui sort des conduites du Mont-Mesly. Celle qui remonte du sous-sol continuera, elle, d’alimenter les 42 hectares du lac.

Sources consultées
  1. Collectif du lac de CréteilLes nouvelles du lac ne sont pas bonnes | Constatations effectuées du 25 au 28 septembre 2026
  2. Région Île-de-France / SAFEGEÉtude de profil de baignade et activités aquatiques de la base de loisirs de Créteil, phase 3, février 2014
  3. Ville de CréteilRapport développement durable 2024
  4. Grand Paris Sud Est AvenirRénovation du quartier du Port, présentation du projet, mai 2025
  5. Grand Paris Sud Est AvenirBudget primitif 2025, budget annexe assainissement