
À Villejuif, Gustave Roussy a réalisé 5 845 actes de chirurgie du sein et 583 actes de reconstruction mammaire en 2025. Selon les données Visuchir de l’Assurance maladie présentées par l’établissement le 5 octobre, ces volumes le placent au premier rang français dans les deux activités. Dans ce centre, la reconstruction peut être envisagée dès la préparation du traitement du cancer, plutôt qu’après l’ablation du sein.
Deux opérations qui peuvent n’en faire qu’une
Lorsqu’une mastectomie est nécessaire, le chirurgien retire la totalité du sein. La reconstruction peut ensuite être réalisée plusieurs mois, voire plusieurs années plus tard. Mais une autre possibilité existe : commencer à reconstruire le sein pendant l’intervention qui permet de retirer la tumeur.
Cette reconstruction immédiate peut préserver davantage de peau et éviter une opération distincte pour amorcer la reconstruction. Elle ne dispense pas toujours d’interventions complémentaires.
À Gustave Roussy, cette option est proposée lorsqu’elle est médicalement possible. Sa mise en œuvre suppose d’anticiper la reconstruction dès la décision thérapeutique, plutôt que de l’envisager seulement après l’ablation.
Cancérologues, chirurgiens plasticiens et radiothérapeutes doivent donc préparer ensemble le parcours. Le type de cancer, les tissus disponibles et les traitements prévus influencent le choix de la technique. Une radiothérapie, par exemple, peut compliquer certaines reconstructions, notamment avec une prothèse. Elle n’exclut cependant pas systématiquement une reconstruction immédiate.
L’institut dispose de plusieurs techniques, des implants aux reconstructions utilisant les propres tissus de la patiente.
Une avancée qui dépend de l’hôpital où l’on est soignée
En France, la reconstruction immédiate a plus que doublé en dix ans. Selon une étude publiée en mars 2026 par l’Institut national du cancer (INCa), elle concernait 14,7 % des femmes ayant subi une mastectomie totale en 2014, contre 32,4 % en 2024.
Mais cette accélération ne se traduit pas par autant de reconstructions supplémentaires. Entre 2014 et 2021, la part des femmes reconstruites dès la mastectomie est passée de 14,7 % à 24,9 %. Dans ces mêmes cohortes, la proportion de celles ayant bénéficié d’une reconstruction dans les trois ans n’a progressé que de 29,4 % à 34,3 %.
La reconstruction se fait donc plus souvent dès la première opération, sans devenir beaucoup plus fréquente au total.
Surtout, les possibilités restent très inégales. L’étude nationale relève des taux de reconstruction plus faibles après une mastectomie réalisée dans un centre hospitalier général ou universitaire que dans d’autres catégories d’établissements, notamment les centres spécialisés de lutte contre le cancer. Ces écarts persistent dans les différentes tranches d’âge étudiées.
L’âge et la situation sociale comptent également. Le recours à la reconstruction diminue avec le niveau de défavorisation sociale, et les inégalités se sont même accentuées sur la période observée.
L’Île-de-France fait pourtant partie des régions ayant le plus progressé : entre 2014 et 2021, la proportion de reconstructions réalisées dans les trois ans suivant une mastectomie y a augmenté de 11,2 points.
Faire de la reconstruction une possibilité, pas une obligation
Ces différences ne signifient pas que toutes les femmes devraient être reconstruites. Certaines souhaitent conserver un buste plat, d’autres préfèrent attendre. L’état de santé et les traitements nécessaires peuvent aussi limiter les options.
L’enjeu est de pouvoir choisir en connaissance de cause, sans que l’établissement où l’on est opérée réduise inutilement les possibilités.
La Haute Autorité de santé rappelle ainsi qu’une reconstruction peut être réalisée dans un autre hôpital que celui qui assure le traitement du cancer. Elle propose une carte permettant de rechercher les établissements selon les techniques pratiquées, à partir des données d’activité hospitalière.
Dans sa feuille de route 2026-2030, l’INCa prévoit de mieux repérer les obstacles à la reconstruction, d’étudier les financements et d’améliorer l’accès aux différentes techniques.
Les chiffres de Gustave Roussy mesurent une activité, pas les résultats médicaux ni la satisfaction des patientes. À Villejuif, plusieurs spécialités préparent ensemble les possibilités de reconstruction dès la prise en charge chirurgicale du cancer.
Lorsqu’une mastectomie est envisagée, les femmes peuvent ainsi discuter dès le départ de trois possibilités : reconstruire immédiatement, reconstruire plus tard ou ne pas reconstruire.
Sources consultées
- Gustave RoussyCancer du sein : Gustave Roussy, premier centre en France pour la chirurgie du sein et la reconstruction mammaire
- Institut national du cancerReconstruction mammaire après mastectomie totale en France, analyse nationale à partir du SNDS
- Institut national du cancerCancers du sein : la reconstruction mammaire
- Haute Autorité de santéReconstruction mammaire : où vous faire opérer ?
- Haute Autorité de santéProfessionnels : décision partagée sur la reconstruction mammaire